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La genèse d’Euroland et le rôle éminent du Parlement européen, par Harald Greib

La crise de l’Euro – l’arbre qui cache la forêt

La crise de l’Euro n’est qu’une facette, certes très importante, d’une crise généralisée de l’Union européenne. Toutes les crises, dont souffrent actuellement la construction européenne – crise d’influence globale, crise d’efficacité, crise de montée des populismes anti-européens, crise de destin – émane d’une seule cause : une légitimité politique et démocratique insuffisante par rapport aux multiples et étendues compétences et pouvoirs des institutions européennes. Tout système démocratique – et nous ne concevons pas d’accepter un autre – repose sur et ne fonctionne que grâce au fait que les gouvernés considèrent que les institutions qui détiennent les pouvoirs le font par le biais d’un mandat qu’ils ont reçu de leur part.

La « politique européenne », par contre, n’est pas faite par une institution, élue par les citoyens européens, mais par une multitude d’institutions (Commission européenne, Parlement européen, Conseil européen, Conseil de l’Eurozone, Conseil des ministres, les grands états- membres, notamment actuellement l’Allemagne, la Banque centrale européenne) qui souffrent chacune d’un déficit démocratique. Ainsi la responsabilité politique d’une mesure prise, d’une loi promulguée au niveau européen reste dans l’ombre et les européens se sentent gouvernés par un pouvoir obscur qui échappe leur contrôle.

Le déficit démocratique depuis toujours

La critique du déficit démocratique dont souffrirait l’intégration européenne est presque aussi ancienne que le projet européen. Mais elle s’est renforcée en fonction de la prise d’importance des institutions européennes. Aujourd’hui, face à crise financière qui gangrène l’économie européenne et globale et la crise de l’Euro qui met en péril la cohésion européenne, la prise de conscience du déficit démocratique en tant que péché originelle de l’Union européenne s’est étendue au-delà des cercles académiques et juridiques. Car, en effet, que la crise de l’Euro a pu prendre une telle ampleur s’explique uniquement par le fait que les marchés financiers, en absence d’une entité politique garantissant l’existence de l’Euro, avaient ample cause de douter de la pérennité de la monnaie européenne.

L’émergence d’Euroland pour sauver l’Euro

Mais par des actions courageuses

–        d’une part des Etats- membres de la zone euro, qui, en 2012, ont instauré et financé le Mécanisme européen de stabilité à qui revient la tâche de soutenir des états- membres de la zone euro menacés d’insolvabilité,

–        d’autre part de la Banque centrale européenne qui  a déclaré qu’elle prendra toute mesure nécessaire pour garantir l’euro, notamment en achetant des obligations des états- membres sur le marché secondaire,

la crise a pu être maîtrisée.

Mais il reste le constat que de la faiblesse de la base politique de l’Union européenne se propage un très concret danger pour le bien-être économique des 350 millions Européens.

Une monnaie commune qui se veut forte doit se fonder sur une entité politique forte. Et une entité politique ne peut être forte que si elle est profondément ancrée dans une légitimité démocratique. Une telle légitimité démocratique s’acquiert non par le seul soutien des élites politiques, économiques, médiatiques et intellectuelles, qui d’ailleurs s’effrite en Europe, mais uniquement par des élections où les citoyens peuvent désigner le personnel politique auquel ils acceptent de confier la conduite de la « res publica », des « affaires de la cité ».

Une structure de base politique défaillante comme l’Union européenne, bien évidemment, ne pouvait porter le  poids d’une monnaie qui avait été créée avec vocation de contester la suprématie du Dollar américain en tant que monnaie internationale de réserve. Et comme souvent en politique, la nécessité provoque l’action – l’impensable devient la réalité.

L’émergence d’Euroland en tant que nouvelle entité politique devenait une conséquence incontournable de la création de la monnaie commune pour justement former cette structure forte dont l’Euro avait besoin – une structure débarrassée des éléments qui ne voient en Europe qu’un marché commun, qui refusent à l’Europe un rôle global, une politique étrangère et sécuritaire indépendante,  qui freinent de quatre fers l’évolution européenne vers une union politique, qui ne comprenaient pas que l’Union européenne, en créant la monnaie européenne, avait changé de qualité. Car les états membres de la zone euro, par le biais d’une monnaie commune, avaient lié leur destin et s’étaient engagés sur le chemin de la genèse d’une nouvelle entité politique.  La création d’un conseil européen des Etats membres de la zone Euro, qui s’est réuni pour la première fois le 7 mai 2010, et la mise à l’écart des états-membres qui ne font pas partie de la zone euro des instances d’Euroland comme l’Eurogroupe et la BCE ont été des pas historiques dans cette direction. Mais d’autres doivent suivre, comme la création d’un secrétariat permanent de la zone euro qui facilité la définition d’une politique économique, financière et budgétaire commune, dont la monnaie européenne a besoin pour rester pérenne.

Du Conseil de la zone euro au Parlement eurolandais

Il appartient maintenant au Parlement européen de soutenir cette évolution et de suivre en son sein l’exemple donné par les gouvernements de la zone euro : mettre à l’écart des décisions qui ne concernent que la monnaie unique et les états membres qui se la partagent tous les parlementaires issus d’états-membres qui ne font pas partie de la zone euro. Le Conseil de la zone euro et l’europgroupe doivent trouver leurs équivalents du côté du parlement, si le PE veut s’adapter à l’évolution européenne en cours. Comme les états membres de la zone euro ont créé Euroland, les parlementaires de ces états-membres doivent créer maintenant le Parlement d’Euroland et lutter pour que, dorénavant, il soit élu sur suffrage universel eurolandais. C’est une chance historique du parlement européen pour remplir la fonction de moteur de l’intégration européenne.

À propos Marie Hélène