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Une réaction à notre article du GEAB sur le Pétroyuan, par Irina Yarigina: Professeur de l’université financière d’état de Moscou

Très certainement, il y a plusieurs conditions préalables à l’utilisation des monnaies nationales: des évolutions économiques et financières fiables, une demande économique de la monnaie, une capacité de la monnaie nationale à passer pour une monnaie étrangère (sous forme de paiements, épargne, base d’échange, etc.), un niveau faible des coûts de transaction (qui permet des conditions favorables aux relations), la législation qui soutient l’accès des investisseurs étrangers aux marchés financiers des groupes intégrés, l’image du pays… En fait, le RMB chinois est l’une de ces monnaies de l’alliance intégrée BRICS. En même temps, toutes les monnaies nationales des pays membres, soutenues par des demandes économiques, sont largement utilisées selon les accords multinationaux.

Dans la communauté d’experts BRICS, des débats actifs sur la possibilité et la faisabilité d’un système bancaire alternatif BRICS sont en cours; des consultations sur la mise en place d’un système d’information multilatéral similaire au système SWIFT se déroulent actuellement. Les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales des pays BRICS sont en train de discuter de toutes ces questions, y compris de l’organisation des systèmes de paiement et des perspectives d’une transition vers des paiements en monnaie nationale. Le but de la mise en place d’un tel système est d’avoir des paiements internationaux en dehors du contrôle des États-Unis et de l’UE. Cela permettrait une plus grande indépendance et, plus précisément, cela éviterait des risques associés aux décisions arbitraires prises par les pays dans les juridictions desquels le système de paiement actuel est situé.

Au cours de la guerre des sanctions anti-russes, il a vite été montré que le SWIFT pourrait devenir l’un des leviers de pression sur tout pays en voie de développement. La Russie en était un exemple. A cause des sanctions anti-russes imposées par l’Occident, on a beaucoup parlé de la déconnection de la Russie du système SWIFT, en suivant l’exemple de 2012 avec la situation de l’Iran. Conformément aux prédictions des analystes russes, une telle désactivation est considérée comme une mesure possible pour renforcer la pression des sanctions sur la Russie. La déconnexion de Téhéran a été possible à la suite d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU imposant des sanctions contre l’Iran, décision soutenue par la majorité des pays membres de l’ONU. Le système SWIFT a suivi la résolution. Dans le cas de la Russie, ce ne sera pas possible, car la Fédération Russe est membre du Conseil de sécurité de l’ONU et possède un pouvoir de veto. Cependant, des risques existent. Par exemple, la désactivation SWIFT peut séparer les banques russes. Cela peut se produire si l’UE et les États-Unis incluent ces banques sur les listes de sanctions, le SWIFT mettrait ainsi fin à leur service.

Ces risques ont entraîné plus de 4 années de sanctions sectorielles alors que la Russie avait mis en place un système de paiement national appelé «Mir» (paix), en surmontant la menace de déconnexion des systèmes de paiement internationaux. Nous parlons désormais de l’expansion de l’espace interbancaire indépendant à l’échelle des BRICS. Plus important encore, le système « Mir » fait partie d’un futur espace financier unique dans l’Union économique eurasienne, car, sans un tel système, il est difficile d’assurer l’intégration des politiques monétaires de l’Union eurasienne et de passer ensuite à un système monétaire commun.

Dernièrement, l’idée de créer un système similaire pour les BRICS est envisagé. En outre, lors du Sommet de juillet 2014 au Brésil, les pays membres BRICS ont signé un accord sur une nouvelle Banque de développement des pays BRICS, ainsi qu’un accord impliquant l’ouverture de lignes de crédit dans les monnaies nationales des banques centrales des pays BRICS. Par conséquent, les BRICS ont un besoin purement technologique d’un analogue du système SWIFT.

Actuellement, le système SWIFT fonctionne principalement avec des monnaies de réserve. La part des paiements en dollars passant par le système est d’environ 68%. Le dollar est suivi par l’euro, le yen japonais, le franc suisse, la livre sterling, le dollar australien et le dollar canadien. La monnaie chinoise (RMB) a pris environ 2% des opérations SWIFT, tandis que le rouble 1,7%. Nous pouvons dire que le SWIFT rencontre certains problèmes avec les transactions en rupiahs indiennes, en réaux brésiliens et rands sud-africains. Ainsi, il est prévu d’établir un nouveau système d’échange financier  et d’information pour les BRICS, axé principalement sur le financement des projets de la Banque de développement BRICS. Un système alternatif pour faciliter les règlements mutuels jouera un rôle de plate-forme alternative sur laquelle les gens pourront éventuellement effectuer des transactions. À long terme, cela entraînera une dé-dollarisation supplémentaire dans les pays membres BRICS et dans d’autres pays en voie de développement, ainsi que pour leurs alliés économiques.

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À propos Marie Hélène

LEAP, Membre de la WFSF

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