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NON à tout élargissement d’Euroland tant que l’union politique n’est pas réalisée ! par Harald Greib

Il y a des choses euro-politiquement incorrectes, mais néanmoins vraies. Et au nom de la vérité, il faut les dire, même si cela doit provoquer une levée des boucliers, un tollé général, de tous ceux qui se croient les gardiens du temple du processus d’intégration européenne. C’est l’élargissement qui a tué le processus d’intégration européenne. Et l’élargissement a été imposé par des intérêts qui voulaient réduire l’Union européenne à l’état de simple zone de libre-échange. Aujourd’hui, ces mêmes intérêts sont en train d’annexer le marché unique européen par un traité de libre-échange transatlantique, le TTIP. La boucle sera bouclée, les jeux faits, l’Europe réduite au rôle d’arrière-cour de l’Amérique, en lieu et place de l’Amérique du Sud au moment où cette dernière parvient enfin à s’extraire des griffes de son envahissant voisin du Nord. Américains et Britanniques n’ont jamais caché leur jeu : l’Europe, pour eux, c’était un simple débouché pour leurs marchandises, à élargir à l’infini. Hier trop vite les pays de l’Europe de l’est et trop loin Chypre, aujourd’hui trop loin la Turquie et l’Ukraine, demain absurdement loin la Géorgie. L’élargissement a été le moyen d’empêcher toute idée d’approfondissement : toute idée d’une Europe autonome, maîtresse de son propre destin, en bonne relation tant avec les Etats-Unis qu’avec le reste du monde, était à proscrire. Sur la base de ce constat, si l’on souhaite que l’idée d’intégration européenne survive, il faut revenir en arrière… et dire des choses comme elles sont : les pays qui se veulent plus américains qu’européens seront à exclure du futur processus d’intégration ; les pays qui ne partagent pas la volonté d’un aboutissement à une union politique européenne n’ont qu’à rester à l’écart de cette évolution. L’accès à la zone de libre-échange, à laquelle se réduit l’Union européenne, leur restera ouvert. C’est ce qu’ils voulaient, c’est ce qu’ils auront. Ils n’auront donc pas lieu de se plaindre. Mais qu’ils n’empêchent pas les autres d’aller de l’avant. Or « the way forward » (dans un eurospeak parfait), c’est l’Euroland, soit le groupe de pays liés par la monnaie commune, par une union monétaire qui ne sera pérenne qu’à la condition que soit instaurée une gouvernance économique qui assurera son bon fonctionnement par une coordination macro-économique, par une union fiscale et par une union budgétaire, qui aboutira/passera inévitablement à/par l’union politique si nécessaire à la reprise en main des affaires pour le compte des Européens. Mais ceux qui nous ont imposé l’élargissement pour empêcher l’approfondissement ont flairé le danger et mettent tout en œuvre pour bloquer cette évolution. Ils n’ont pas besoin d’inventer une nouvelle stratégie l’ancienne va très bien : tuer l’approfondissement de l’intérieur par l’élargissement. Pour éviter cela, toute nouvelle adhésion à la monnaie commune devrait ne pouvoir se faire que sous condition d’engagement du pays candidat à partager l’objectif du parachèvement d’une union politique. Après tout, cet objectif faisait partie du traité de Maastricht, qui avait instauré l’union monétaire. Il n’a jamais été abandonné par la suite – mais jamais atteint non plus – car priorité était donnée à l’élargissement, aux dépens de l’approfondissement. Déjà l’adhésion récente de l’Estonie justifie que cette question soit posée. En tant que pays balte, on peut comprendre la crainte de ce pays vis-à-vis de la Russie ; mais en tant qu’état- membre de l’Euroland, l’Estonie doit aussi comprendre que la sécurité en Europe ne se fera pas dans la confrontation Russie-Otan, mais dans un système sécuritaire collectif européen. Dans le monde de demain auquel l’Euroland veut appartenir, la Russie sera un partenaire et non l’ennemie héréditaire. Vu l’état actuel de l’UE, belligérante et soumise aux Etats-Unis, il faut éviter à tout prix que l’Euroland ne devienne l’UE moins le Royaume-Uni. Le piètre état de l’UE n’est pas uniquement la faute du gouvernement de sa Majesté. D’autre états-membres ne voient l’appartenance à l’UE que comme un passage obligé pour accéder au stade d’état transatlantique et bon allié des Américains. Ainsi en est-il de la Pologne. Au terme du règne des très atlantistes frères, l’élection de Donald Tusk comme Premier Ministre en 2007 semblait signaler la sortie de la Pologne de l’ère post-chute du Mur. Le nouveau dirigeant menait une politique résolument pro-européenne, anti-missiles américains et travaillait à restaurer les liens avec la Russie… jusqu’en juillet 2008. C’est à cette date qu’il refusait pour la dernière fois l’installation du bouclier anti-missile que les États-Unis n’ont eu de cesse de lui imposer. Car en août 2008, il capitulait et déclarait que « grâce au bouclier, l’Amérique et la Pologne seraient plus en sécurité ». Et dans la crise ukrainienne, la Pologne de M. Tusk a joué et joue encore un rôle primordial dans l’escalade de tensions Euro-Russes. La Pologne – depuis quelques temps candidate acharnée à l’Euro, comme par hasard – doit décider de la place et du rôle qu’elle veut tenir en Europe : loyal allié des Etats-Unis ou état européen au sein d’Euroland ? Le projet Euroland ne peut donc aboutir que sous condition de parachever l’union politique en nombre restreint. Ensuite, la porte peut s’ouvrir à tous les candidats prêts à y adhérer dans les conditions préalablement fixées. L’élargissement de l’Union européenne l’a démontré : tout espoir d’un approfondissement dans le cadre d’un élargissement constant est vain. Il faut impérativement respecter le bon ordre.

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