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La fin des structures Pyramidales : Relativisation de la souveraineté de l’État par le « haut » – l’Union européenne (extrait du livre « Co-créer le nouveau monde » de Marc Luyckx

L’Union européenne est un nouveau niveau de pouvoir, auquel les États sont invités à céder une partie de souveraineté, afin de l’exercer ensemble à un niveau plus global, celui de l’Union européenne. C’est un nouveau niveau de pouvoir au dessus de l’État dans le but unique de créer et maintenir une zone de non-violence entre les États de l’UnionMais l’Union européenne n’est pas un État, ni un Super État. C’est une structure transmoderne ou planétaire.

Oui sans vraiment le savoir, les Pères fondateurs de l’Union Européenne ont créé ce que Jacques Delors appelait un « animal politique non identifié ». J’ose ajouter un  nouveau paradigme politique « transmoderne » ou « planétaire » qui correspond véritablement aux nécessités du monde global au 21°siècle dans lequel il apparaît de plus en plus clairement que la guerre et la violence ne sont plus des solutions politiquement acceptables, ni efficaces.

L’Union européenne est en fait la première construction politique transmoderne au monde. Elle est un animal politique d’une autre nature. Et elle est la première structure qui relativise l’hégémonie de l’État puisqu’elle organise une mise en commun d’une partie des souverainetés nationales afin d’institutionnaliser la non-violence absolue entre les États de l’Union. Mais en faisant cela ils créent de facto, un niveau supérieur de pouvoir et de responsabilité continentale auquel les États délèguent une partie de souveraineté. Et la Cour Européenne de justice ne s’est pas trompée quand elle a décidé que les lois européennes priment toujours sur les lois nationales. Mais ce niveau supérieur n’est pas un Super État, rappelons-le. Ce serait un contresens.

L’Union européenne est un pas significatif vers une société mondiale non-violente. Elle nous installe, sans que nous le sachions, dans la vision politique transmoderne ou planétaire, car elle est un nouveau niveau de pouvoir (non étatique) mais aussi de responsabilité politique continentale…Si vous prônez la non-violence, il vous faut aussi en même temps avoir des pratiques justes et humaines et solidaires vis-à-vis des autres États.

Au cours de mes années passées à la Commission européenne, j’ai eu l’occasion d’assister à des réflexions sur l’évolution des gouvernements nationaux quand ils fréquentent Bruxelles. Il leur faut habituellement quelques années pour réaliser que lorsqu’ils signent des lois européennes ils ne sont pas au même niveau de pouvoir que quand ils siègent au sein de leur gouvernement national. Ce n’est pas le même niveau de pouvoir et donc pas le même niveau de responsabilité. Et l’on assiste ainsi très souvent à un processus d’élévation du niveau de conscience politique des gouvernements et du personnel politique. Tout à coup, ils prennent conscience de leur nouveau niveau de responsabilité européenne et globale, juste au moment où le gouvernement est remplacé par le suivant…

Mais cela veut aussi dire que les grands penseurs « modernes » de la politique et de la guerre que sont Clausewitz et Machiavel sont aussi dépassés. C’est donc tout un pan énorme de la science politique et de la tactique guerrière qui s’écroule en silence.

Nous pourrions aussi ajouter, en passant, que nous nous trouvons aussi face à un changement de paradigme dans la manière même de mener la guerre. Un général   britannique qui a dirigé le siège de Sarajevo dans la guerre des Balkans,  vient d’écrire un livre révolutionnaire qui suggère de repenser totalement nos concepts stratégiques, dans un monde en mutation[1]. Selon lui la bombe atomique de 1945 a mis fin à la « guerre industrielle » et a inauguré l’ère de la « guerre parmi les gens ». Si bien que « vous utilisez des soldats à des fins pour lesquelles ils ne sont pas préparés ».

Je crois que l’on n’est qu’au début de la réflexion au sujet du rôle des armées dans ce 21°siècle postindustriel.

* Entre autres nombreuses activités, Marc Luyckx a travaillé pendant 10 ans à la cellule de prospective de la Commission européenne. Il est l’auteur de différents ouvrages dont « Co-créer le nouveau monde » (3° édition: 2018) dont nous vous proposons cet extrait. Pour en savoir plus : Wikipedia


[1] General  Sir Rupert SMITH:  The utility of Force: the art of War in the modern World.  Penguin books 2005. Voir aussi  le compte rendu de la Conférence de presse de lancement du livre dans : « La Libre Belgique » Samedi 21 Janvier 2006 page 11.

À propos Marie Hélène

LEAP, Membre de la WFSF

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