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EXCLUSIF// Belgique 2020, partition ou flamandisation ? (Extrait du GEAB Février 2016)

Belgique 2020 : partition ou flamandisation ? Nous souhaitons revenir rapidement sur l’un de nos « ups and downs » du mois dernier, celui sur la Belgique, qui, en raison du format de « brèves » dans lequel il s’inscrivait, fut formulé de manière trop lapidaire pour bien rendre compte de l’analyse sous-jacente.

Notre équipe observe les évolutions de ce pays si important pour l’Europe depuis très longtemps, en particulier suivant une hypothèse de partition. C’est en fait la question de Bruxelles qui nous intéresse le plus. Capitale du pays et capitale européenne, son avenir est un enjeu pour beaucoup de monde dont le produit des interactions mérite attention. Les Flamands néerlandophones sont instrumentaux (mais aussi instrumentalisés) dans les évolutions de la capitale, enclavée en territoire flamand et à ce titre garante de l’unité du pays : tant que Bruxelles reste francophone, la partition du pays est très difficile à mettre en place. C’est donc également sous cet angle que nous suivons les tendances.

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Or, ce que l’on constate depuis au moins deux décennies, c’est une « défrancophonisation » patiente et efficace mise en œuvre de la manière suivante :
• une ville fermée (cernée de banlieues néerlandophones strictes)[i] ;
• où l’on accueille des étrangers de toutes sortes (fonctionnaires européens, fonctionnaires de l’OTAN, migrants…) que l’on laisse parler anglais ou leur langue d’origine ;
• réduisant mécaniquement la part de la population francophone d’origine.

En 20 ans, par exemple, la signalétique de la ville est passée de tout-français, à français/néerlandais pour être souvent maintenant néerlandais/français… Quant à la partie européenne de la ville, les commerçants y emploient des personnels venus d’Europe de l’Est qui ne parlent ni français ni néerlandais mais anglais. Idem pour les vigiles cernant les institutions. Quant aux Bruxellois francophones d’origine, ils vivent à Paris pour la plupart[ii]. Il est difficile d’imaginer que l’élimination désormais quasi-complète de l’« obstacle bruxellois » sur la route de l’indépendance flamande n’aboutisse pas dans un avenir de moins en moins lointain à ce que « quelque chose se passe ».

L’autre obstacle à l’indépendance flamande, c’était l’État belge. Depuis 1993, la Belgique est devenu un État fédéral qui n’a cessé de s’affaiblir depuis, au rythme de l’affaiblissement général des États européens, mais aussi en conséquence de la visibilité et légitimité très limitée des instances étatiques belges au regard des mastodontes institutionnels siégeant en sa capitale (UE, OTAN). Enfin, la stratégie flamande de défrancophonisation avait tout intérêt au très grand laisser-aller en matière d’intégration sociale et communautaire à Bruxelles, un laisser-aller qui est directement en cause dans la prolifération de systèmes de corruption et de trafics en tous genres, au nombre desquels les réseaux d’armes ayant notamment alimenté les attentats de Paris[iii].

Depuis mai 2014, pour la première fois dans l’histoire belge, un gouvernement de coalition composé de trois partis flamands (dont le parti séparatiste flamand, NVA) et d’un parti libéral francophone (« coalition kamikaze »… pour le chef du gouvernement francophone) gouverne le pays. Cette combinaison libéraux-flamands, au gré des nombreux remaniements, détruit méthodiquement le système social belge[iv], certes pléthorique, mais l’un des dernier traits d’union du pays. Actuellement, plus grand-chose ne sépare donc la Belgique d’un acte final de partition[v]… la monarchie peut-être ? Et paradoxalement aussi la dette publique commune (407 milliards d’euros).

Mais notre équipe estime que le chaos qui règne actuellement en Europe va créer une convergence d’intérêts à laisser les Flamands conservateurs et nationalistes prendre en main les affaires de la partie politiquement et économiquement importante du pays, soit la Flandre et Bruxelles, désormais compatibles. Quant à la Wallonie, les Flamands peuvent-ils se payer le luxe de la garder à bord ou décideront-ils qu’elle pèse trop lourd dans le bilan du pays ? Toute la question est là, qui fera la différence entre un scenario de partition[vi] ou un scenario de flamandisation[vii] de la Belgique


[i] Source : RTBF, 26/01/2016.

[ii] L’exode de la classe moyenne coûte 261 millions à Bruxelles. Source : L’Echo, 16/05/2015.

[iii] Source : Politico. 20/01/2016.

[iv] Source : Le Vif,  09/11/2014.

[v] Source : Politico, 23/01/2016.

[vi] Source : Le Vif, 08/02/2016.

[vii] Source : La Tribune, 14/01/2016.

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