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“La nouvelle guerre froide : un dilemme pour l’Inde”

Neelam Deo, directrice de la Gateway House, expose l’importance des décisions prises par les pays membres de l’OTAN au cours du dernier sommet au pays de Galles. Selon elle le conflit de plus en plus dur entre l’Ouest et la Russie au sujet de l’Ukraine, ajouté à la situation de l’Etat Islamique, ne sont pas sans répercussions sur l’Inde.

Le Sommet de l’Otan à Newport au pays de Galles, des 4 et 5 septembre a mis en exergue le durcissement des positions  de l’organisation contre la Russie, et de la fermeté des mesures  à l’encontre de l’Etat Islamique. Alors que le fossé entre l’Occident et la Russie se creuse et qu’il y a le feu  en Asie de l’Ouest, l’Inde est très préoccupé par les conséquences d’un retrait de l’OTAN en Afghanistan. L’OTAN n’a en effet donné aucune indication d’une possible reconsidération de sa stratégie de retrait d’Afghanistan, actuellement en plein chaos politique. Cette incertitude suscite bien des craintes à l’Inde, et encore plus depuis les menaces du leader d’Al-Qaeda, Ayman-al-Zawahiri.

Q. Quelles ont été les principales conclusions tirées du sommet de l’OTAN?
Il est clair que l’OTAN considère le conflit avec la Russie  à propose de l’Ukraine comme le défi majeur post guerre-froide depuis la dissolution de l’Union Soviétique en 1989. La deuxième préoccupation principale est la résurgence de l’intégrisme musulman en Asie de l’Ouest qui se manifeste au travers les violences  perpétrées par l’Etat Islamique.Cependant, d’un point de vue indien, le plus significatif est que l’OTAN n’a donné aucune indication qu’elle entend réexaminer, si ce n’est réviser, son agenda quant au retrait d’Afghanistan –  ce qui  reviendrait àdiviser le pays selon des clivages ethniques.
Les incertitudes en ce qui concerne les élections présidentielles en Afghanistan sont un sujet majeur de préoccupation pour l’Inde, notamment à la lumière des menaces du leader d’Al-Qaeda, Ayman al-Zawahiri, de propager le Jihad en Inde.

Q. Comment l’OTAN envisage d’affronter l’Etat Islamique (EI) ?
Au Sommet du pays de Galles, Obama a cherché à construire une coalition apour s’attaquer à l’EI, il a également appelé à la mobilisation générale dans son discours politique du 10 septembre. Dix pays d’Asie de l’Ouest, Arabie Saoudite incluse, se sont engagés. Les raids aériens contre l’EI en Irak doivent être étendus à la Syrie et devraient arrêter temporairement l’avancée du groupe. Mais la plus importante menace ressentie par les pays membres de l’OTAN est la violence potentielle que les combattants au retour de leur campagne en Irak ou en Syrie pourraient déclencher dans leurs propres pays. Des centaines de soldats Américains, Français et Anglais feraient partie des 1000 à 3000 jihadistes de l’EI selon les estimations des membres de l’OTAN. Une préoccupation de plus pour l’Inde, dont une centaine de citoyens auraient déjà rejoint l’EI, et qui fait donc face au même problème.

Q. Comment l’OTAN prend-il en compte la crise Ukrainienne dans son agenda?
Depuis la dissolution de l’Union Soviétique, l’OTAN n’a eu de cesse de se réinventer. La violence qui a accompagnée le démembrement de la Yougoslavie à la fin des années 80 et au début des années 90 est devenue laconduite de base de ses opérations hors-zone.

Depuis, l’OTAN  a formé des partenariats comme celui du Conseil de partenariat euro-atlantique (CCNA) ou du Dialogue méditerranéen avec des pays non-membres. Le nouvel objectif de l’OTAN est d’affronter Moscou, malgré les progrès faits grâce au partenariat pour la Paix avec la Russie, et alors que l’Ukraine et la Russie sont tous deux membres du CCNA.

A Newport, l’OTAN a annoncé que son mandat post-Afghanistan consisterait à maintenir l’ordre de la post-guerre froide grâce à une nouvelle doctrine — la force de réaction rapide de 4000 hommes postée de manière provocatrice sur la frontière avec la Russie. En outre, les 28 pays membres ont été appelés à commencer à augmenter peu à peu leurs budgets de défense. Actuellement, seuls les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Estonie et la Grèce dépensent 2% ou plus de leur PIB pour la défense. L’agressivité dont fait preuve l’OTAN et les dernières sanctions ont été prises alors que  l’accord de cessez-le-feu entre le Président Ukrainien Petro Poroshenko et les groupes rebelles anti-Kiev, accord certes fragile, est toujours respecté.

Q. Les conséquences de la crise Ukrainienne pour la Russie et l’Occident
L’impasse de cette crise a des conséquences différentes pour les Etats-Unis et pour les membres européens de l’OTAN. Les sous-entendus dans la rhétorique Américaine du caractère sacré de la post-guerre froide trahissent les angoisses d’un pouvoir qui se sent en déclin, mais qui tient à maintenir son leadership.

Les membres Européens, eux, sont divisés en un axe Est-Ouest. Les inquiétudes des nouveaux membres de l’Europe de l’Est, comme la Pologne, découlent tout naturellement de leur mauvaise expérience avec l’Union Soviétique, et de leur longue histoire mouvementée avec la Russie. Bien qu’ils dépendent du gaz et du pétrole russes, leurs peurs immédiates dépassent leurs inquiétudes en matière d’énergie. De l’autre côté,les inquiétudes des Européens de l’ouest sont liées à la dépendance énergétique du gaz russe et des opprtunités qu’offre le marché  russe à leur industries automobiles et de biens de consommation. Ceci fut illustré de manière évidente par les réticences de lde l’Allemagne, l’Italie et la France, à prendre des  sanctions contre la Russie.

L’ensemble de ces évènements a poussé Moscou à se rapprocher de Pékin, et plus particulièrement dans le secteur énergétique. En outre, les Russes ont ipris des mesures de rétorsions mais elles n’ont que peu d’effet sur les marchés Américains et Européens. Ce conflit qui s’amplifie de jour en jour prend en fait la forme d’une nouvelle guerre froide. L’Ukraine est devenue aujourd’hui ce champ de bataille des guerres par procuration entre l’Occident et l’Union soviétique qui furent livrées en Afrique et en Asie à cette époque.

Pour l’Inde, cette nouvelle guerre froide engendre des menaces majeures. Les Etats-Unis et la Russie sont des partenaires stratégiques de l’Inde, et les deux sources les plus importantes d’importation d’armes. La sécurité énergétique de l’Inde pourrait être en péril, malgré l’offre faite par les Etats-Unis d’exporter du gaz de schiste en Inde, et le projet de la Russie de construire un gazoduc d’une valeur de 40  milliards de dollars,deux projets qui sont encore à développer. D’autre part, l’Inde ne peut pas se permettre de mettre en danger ses relations économiques avec les pays de l’OTAN ou la Russie, étant donné l’iùortance de ces marchés pour les exportations de l’Inde,  notamment les produits pharmaceutiques, vers la Russie, l’Europe de l’ouest ou aux Etats-Unis.

Cette interview a été rédigée en exclusivité pour le Gateway House ; Indian Council on Global Relations.

Gateway House