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Le retour de l’or, MINTenant

La vérité est si obscurcie en ce temps et le mensonge si établi qu’à moins d’aimer la vérité, on ne saurait la reconnaître.

(B. Pascal, 1623 – 1662)

Bruno Paul, PhD ; Geoeconomy ; Socio-political transformations ; Founder of Conscience-Sociale.org
Paris, France le 9 janvier 2014.

Les BRICS[1] sont une illustration très concrète et actuelle que l’économie n’est en réalité qu’une facette ou un masque artificiellement apposé sur la politique. Les discours qui les portent sont pourtant construits à l’opposé. Résumons les approches et voyons comment et pourquoi le terme des MINT[2] tente d’émerger[3] aujourd’hui.

Un économiste regarde dans le rétroviseur (c’est-à-dire dans le passé) les résultats quantifiables « d’acteurs économiques » ainsi réduits à une quantification sommaire, établit ce qu’il juge être une image chiffrée représentative de quelques aspects saillants, et utilise des éléments d’une doxa[4] pour produire ses conclusions sur le bilan de l’instant. Si il ose ensuite parler du futur, c’est pour mettre en avant des politiques économiques qu’il faudrait selon lui déployer en conséquence de ce bilan, et des principes issus de sa doxa.

C’est ainsi qu’est né le terme BRIC en 2001 dans les travaux d’un économiste de Goldman Sachs. L’approche visible est celle d’un simple agrégat statistique. Les principes de sa doxa l’incitent à trouver des acteurs économiques (et non pas politiques, insistons bien) pour justifier le développement d’une doxa libre-échangiste, devant profiter à ceux qui l’ont créé. Les seuls liens qu’il soit permis d’évoquer sont les liens des relations marchandes. L’approche invisible est celle qui soutient le système commercial, c’est-à-dire le système monétaire international actuel, basé sur des flux toujours croissants d’émission de Bons du Trésor des Etats-Unis (US Treasury bonds ou UST).

L’agrégat BRIC représente donc aux yeux des partisans les plus éclairés de la doxa dominante un marché de consommateurs de ces Bons du Trésor. Et un marché captif, puisqu’en anglais « bond » signifie aussi « lien », dont l’objectif n’est que de perpétuer une domination financière sur ces pays naïvement qualifiés « d’économies émergentes ». Si il y a bel et bien une stratégie, il n’y a pas l’once d’une vraie politique. Et il est vrai que cette stratégie a rencontré un succès certain, comme le montre l’évolution des réserves de ces obligations par les pays étrangers depuis 1945 et en particulier depuis l’abandon de la convertibilité entre le dollar et l’or en 1971. Cette logique de trouver de nouveaux marchés pour écouler sa marchandise se décline depuis lors. Les BRIC sont loin d’être les premiers. Rappelez-vous avant les « 4 dragons »[5], puis les « tigres asiatiques »[6] qui expliquent la figure suivante (cliquez pour agrandir)

FDHBFIN_Max_630_378

Source : Conscience-sociale.org, using FRED data.

En octobre 2013 le bilan des réserves en UST se répartissait comme suit:

BRIC [7]

tigres asiatiques

4 dragons

Europe

(sauf UK)

MINT

Japan + UK + oil

Autres pays

31%

2%

8%

20%

2%

33%

4,5%

 

A l’inverse d’un économiste, l’esprit d’un politologue est projeté vers le futur. Il cherche avant tout les conditions et les avantages des nouveaux liens (ou de leur rupture) prenant en compte toutes les dimensions des acteurs politiques, sans les réduire à une analyse quantitative intellectuellement ou volontairement pauvre. Dans les périodes de profonds bouleversements, une telle approche n’a pas la moindre chance de donner des anticipations correctes, mais elle a par contre tout son mérite pour renforcer l’utilisation d’une doxa. C’est notamment par ce biais que se diffuse la pensée unique. Un économiste n’est jamais aussi pertinent que quand il travaille sur l’histoire de sa discipline et sur les liens sociologiques, politiques ou philosophiques qui la sous-tendent.[8]

Et c’est pourquoi les économistes n’ont jamais voulu voir que les vagues successives de diffusion des UST correspondaient avec une extension géographique de l’influence américaine dans le monde, et à partir de 1990, de leur domination. Ils n’ont jamais voulu voir non plus que la réunion des pays BRIC, loin d’être un agrégat aisément manipulable, allait rapidement conduire à une alliance géopolitique ; ni que cette alliance allait rapidement se renforcer en Afrique (devenant BRICS) ; ni que cette alliance allait dès 2009 se déclarer comme fer de lance d’une réforme réelle du système monétaire international.

Il faut ainsi mettre en regard l’apparition du terme MINT par Goldman Sachs, au moment même où la Chine déclare officiellement le retrait de son soutien aux UST.[9] Cette nouvelle politique vient entériner l’évolution des flux d’UST durant l’année 2013 pour tous les autres pays (sauf le Japon) :

(cliquez pour agrandir:)

Treasury Intl Capital

Source : Nowandfutures.com, using official TIC data

 Treasury Capital 2

Source : Nowandfutures.com, using official TIC data

 

La tentative d’introduire les MINT dans le discours de la doxa doit donc s’analyser comme un dernier effort désespéré pour éviter de continuer à parler des BRICS, et de parler à la place de pays émergents considérés comme de « futurs géants » et dont les gouvernements sont liés par un historique important (ressources en or et pétrole) et sont encore proches de Washington… mais pour combien de temps encore ?

Tous les éléments du discours sur les MINT ne sont que des choix établis a posteriori de l’analyse pour justifier artificiellement l’existence de ce groupe.

A l’inverse, il s’agit pour les pays de la zone Euro (Euroland), de continuer à développer rapidement de vrais partenariats stratégiques avec les pays BRICS, voire à réfléchir à prendre au mot Goldman Sachs[10] en développant un système monétaire dual euro et or[11]

 

Bruno Paul

Conscience-sociale.org

 

 

 


[1] Brésil – Russie – Inde – Chine – Afrique du Sud

[2] Mexique – Indonésie – Nigéria – Turquie

[4] Lire à ce sujet « Déconstruire la doxa dominante, construire une pensée politique alternative. Du lien entre les représentations, les principes et les normes », G. Colletis et M. Salles, 10/2013

[5] Ils constituaient la première vague des Nouveaux Pays Industrialisés d’Asie (NPI ou NPIA): la Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong.

[6] La justification était qu’ils étaient les « Nouveaux Pays Exportateurs » (NPE) : la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie, le Viêt Nam et les Philippines

[7] Avec des degrés extrêmes d’ailleurs, par exemple si on compare l’Inde : 60 milliards de USD, et la Chine : 1304 milliards en octobre 2013

[8] Par exemple : Les vraies lois de l’économie, J. Généreux, 2001

[10] “Open the Mint to gold ! “ , en référence à un article du Pr. FEKETE.
By the way, MINT could also be a GS private joke, because « opening the Mint » (i.e: coinage) is one of the way advocated by New Austrian School of Economics to restore an effective gold standard.

[11] Il s’agirait de restaurer un équivalent de l’Union Latine, tel que le propose la Nouvelle Ecole Autrichienne d’Economie