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La Russie espère que les BRICS puissent créer un monde multipolaire.

Georgy-toloraya

Le Professeur Georgy Toloraya est le Directeur Exécutif du Comité National pour l’Etude des BRICS en Russie et membre associé de la  Fondation Russkiy Mir

 

Si l’on demande à quelqu’un ce que le terme BRICS représente (probablement pas au premier venu pour qui cet acronyme reste largement inconnu) dans les couloirs du pouvoir, la réponse – du moins en Russie – serait très probablement que c’est quelque chose en relation avec l’économie mondiale et les marchés émergents.

 

Des réponses plus attentives pourraient l’analyser comme un « groupe en développement » utile pour négocier une position commune au G20 (la chose la plus proche d’un régulateur économique global que nous ayons aujourd’hui).

Une telle perception se reflète dans le fait qu’à la fois pour le gouvernement et le monde académique, le G7, G8, G20 et les BRICS sont vus comme impliquant en grande partie les mêmes acteurs et/ou divisions.

Cette notion est également illustrée par le fait qu’une réunion des chefs d’Etat BRICS est programmée pour être tenu en marge du sommet du G20 à Saint Petersbourg – comme s’il s’agissait d’une annexe de ce dernier.

Cependant, voir uniquement les BRICS comme un groupement économique sous-estime non seulement les options que ce partenariat international a à sa disposition, mais aussi le rôle potentiel qu’il aura dans la politique globale du futur.

Intentionnellement ou pas, en Occident les BRICS sont largement associés à un cluster d’économies au développement dynamique. Il est vrai que le dynamisme, qui initialement a estampillé de manière disctinctive les quatre pays qui l’ont défini (Brésil, Russie, Inde et Chine) comme des marchés aux investissements profitables, a été perdu au cours de la décade écoulée depuis que cet acronyme a été créé.

[BRICS5]

“Les BRICS ont été jusqu’ici un exemple sans précédent d’une “ascension tranquille” sans recours à la violence, aux guerres et aux aspirations hégémoniques pour une influence globale” [BRICS5]

Par conséquent nous voyons de nombreuses tentatives qui présentent les BRICS comme un phénomène évanescent parce que ses membres font l’expérience en ce moment de problèmes croissants d’ordre économique.

C’est cette tendance qu’on peut lire à foison dans les journaux les plus respectés, comme  The Economist ou The Financial Times, où ils sonnent l’alarme à propos de la “fin de l’ère des BRICS”, “La chute des BRICS”, les “BRICS comme phénomène économique global sont une chose du passé” et les BRICS vus comme un “concept arrivé à expiration”.

Foreign Affairs a publié un article à propos des “BRICS à la casse (Broken BRICS)”, en déclarant avec insistance que la perception que ces pays soient de futurs leaders économiques n’est pas correcte. Je crois que l’on prend une chose pour une autre. Il est vrai que les BRICS ont démarré comme un groupement d’économies en forte croissance mais ceci est devenu rapidement un projet politique, et c’est cela qui les maintient ensemble. L’idée qu’une croissance en diminution causerait la chute ou la dissimilation des BRICS est simplement non pertinente si vous comprenez le rôle que ce groupement joue en tant qu’union de réformateurs.

 

La politique qui relie

Cette union a émergé en réponse aux déséquilibres de l’économie mondiale, et aux bouleversements politiques au début de ce siècle. S’il n’y avait pas eu de domination de l’Occident, les pays BRICS n’auraient pas senti la nécessité de joindre leurs mains pour y résister. Ce n’est pas une union issue d’une intégration économique, mais un projet conjoint par des élites nationales pour défendre les intérêts nationaux et pour jouer un rôle plus important dans la gouvernance globale. Les BRICS ont été jusqu’ici un exemple sans précédent d’une “ascension tranquille” sans recours à la violence, aux guerres et aux aspirations hégémoniques pour une influence globale. Il créé des possibilités objectives de « partenariat » avec les pays développés dans la création d’un monde multipolaire. Les BRICS ne sont pas un instrument à utiliser « contre quelqu’un » ; ceci ne sert les intérêts de personne. Toutes les nations BRICS, ou au moins leurs classes politiques, conçoivent le niveau de vie de l’Occident quasiment comme les repères pour eux-mêmes, et ils conservent de grands intérêts dans le monde Occidental. Cependant, ils ne sont pas satisfaits de leur rôle dans le l’ordre mondial existant.

Cependant un déplacement du barycentre de puissance dans la politique mondiale ne doit pas être tenu pour acquis, et pas seulement à cause d’une malencontreuse mais prédicable opposition de l’Occident. Il est difficile de soutenir que le groupe des BRICS soit intrinsèquement vulnérable à cause de son hétérogénéité, et des problèmes bilatéraux entre les pays (spécialement entre l’Inde et la Chine).

Les problèmes économiques et sociaux auxquels font face les pays BRICS sont énormes, et le degré de dépendance envers l’Occident sur la technologie et les transferts de capitaux est décisif.

De plus, les pays BRICS ont recours aux marches occidentaux bien plus qu’ils ne le font entre eux. Il ne faut pas oublier que la plupart du « secteur réel » dans l’industrie de ces pays appartient en fait à des sociétés transnationales, et que le « secteur virtuel » est très peu développé.

Chaque pays du groupement poursuit ses intérêts économiques et politiques propres au travers de la machine BRICS, et il pourrait survenir des situations où elles rentrent en contradiction. On entend même parler des ailes Nord (Russie et Chine) et Sud (Brésil, Inde, Afrique du Sud) des BRICS. D’autres notent que les BRICS ressemblent maintenant à une structure « en étoile » avec la Chine au centre, puisque le volume des relations entre chacun de ces pays séparément avec la Chine est plus grand que les relations bilatérales entre eux. Ceci place la Chine dans une position unique. Elle pourrait être tentée d’utiliser les BRICS pour promouvoir ses propres intérêts – par exemple, en poursuivant l’exportation de biens manufacturés et en diminuant le rôle du dollar US – ce qui théoriquement pourrait contrevenir aux intérêts à long-terme des autres pays. Les autres pays BRICS pourraient succomber à la même tentation de poursuivre des intérêts égoïstes.

Toutefois tout ce qui précède ne signifie pas que cette formation soit non-viable. Elle ne deviendra probablement jamais une alliance politico-militaire comme l’OTAN simplement parce qu’elle a été fondée sur des principes très différents. Les BRICS sont une union de civilisations, pas seulement d’Etats-Nations, et le besoin de maintenir sa propre identité – ainsi que de coopérer sur la base d’une stricte égalité – est extrêmement important.

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« La Chine pourrait être tentée d’utiliser les BRICS pour promouvoir ses propres intérêts en poursuivant l’exportation de biens manufacturés », déclare le Pr. Toloraya [Xinhua]

Bien que les perspectives d’une institutionnalisation soient encore peu claires, les BRICS se sont rapidement développés d’un forum basé sur le dialogue à une quasi-organisation. La raison est qu’en dépit des forces centrifuges les pays ont des intérêts communs qu’il devient plus facile de défendre quand ils se regroupent.

Ces intérêts incluent la réforme de l’architecture financière et économique internationale ; la non acceptation de politiques de la force et de la violation de la souveraineté d’un état ; de répondre ensemble aux menaces et enjeux globaux ; de trouver les solutions aux nombreux enjeux similaires et aux problèmes posés par la modernisation ; de capitaliser sur la nature complémentaire des économies ; et de s’assister mutuellement dans le développement porté par l’économie de la connaissance.

 

Créer un modèle de développement

Cependant, ceci n’est pas suffisant pour un agenda orienté vers l’avenir. Pour que les BRICS restent pertinents, les états membres doivent établir et présenter conjointement à la communauté mondiale un modèle de développement qui inclue les côtés positifs de l’ordre global économique et financier existant et qui comble ses lacunes, spécialement celles qui créent des déséquilibres globaux favorisant les nations développées et l’économie « virtuelle ».

Cela est probablement plus facile à dire qu’à faire.

Éventuellement, le concept de développement durable – s’il est sérieusement retravaillé pour considérer les intérêts des nations en développement – pourrait être la base d’une telle nouvelle idéologie.

Peut-être qu’un tout nouveau concept socio-économique – esquissé par les termes « nouveau capitalisme » ou « humanisme basé sur les marchés » pourrait émerger. Un groupe de chercheurs et de penseurs de premier ordre, un « club des sages » (non limité aux seuls représentants des BRICS), pourrait être créé pour s’attaquer à une tâche aussi gargantuesque.

Dans le même temps, l’agenda « externe » des BRICS pourrait être conçu en étant basé sur la recherche du consensus et se concentrer sur les questions non conflictuelles.

La Russie suggère que les efforts conjoints devraient être :

-       De renforcer les Nations-Unies et l’ordre mondial basé sur la règle du droit en matière de relations internationales, et améliorer la sécurité internationale sur la base du respect de l’égalité souveraine des états et le strict respect des principes et normes du droit international

-       De trouver ensemble des solutions aux questions de stabilité stratégique, de sécurité internationale et régionale, de non-prolifération des armes de destruction massives, de résolution des conflits régionaux et du maintien de la stabilité régionale

-       De s’attaquer aux nouveaux problèmes, tels que le terrorisme, le trafic de drogue, et affronter les catastrophes naturelles

-       De réformer l’architecture du système financier et économique international (incluant le FMI) dans le contexte des nouveaux développements de l’économie mondiale en prenant en compte les intérêts légitimes de tous les pays, afin de créer un système plus représentatif, stable et prédictible.

-       De réduire les risques de déstabilisation des marchés monétaires et boursiers en relation avec de massifs mouvements de capitaux transfrontaliers

-       De créer une feuille de route de co-investissement dans le cadre des BRICS, de conclure un accord multilatéral sur l’encouragement et la protection des investissements

-       De distinguer les domaines de coopération intra-BRICS, de développer la coopération dans les nouvelles technologies

-       De dresser une politique conjointe pour la croissance verte et les questions de changement climatique

-       D’œuvrer à l’humanisation dans les communications internationales en poursuivant des politiques d’information coordonnées qui mettent en avant les besoins spirituels de l’homme. Les BRICS pourraient initier une création étape par étape d’un espace commun d’information pour les états membres.

 

Promouvoir un monde multipolaire

La Russie voit dans les BRICS une chance de regagner une place dans l’ordre mondial du 21ème siècle, laquelle devrait être nettement différente de celle issue de son rôle d’« ancienne superpuissance » du 20ème siècle.

La valeur des BRICS en tant qu’instrument d’un monde multipolaire est en forte progression dans la stratégie russe, ce qui peut se voir clairement en analysant les concepts de politique étrangère de la Fédération de Russie, février 2013.

[AP]

« La Russie voit dans les BRICS une chance de regagner une place dans l’ordre mondial du 21ème siècle »  [AP]

 

À cet égard, l’adoption des concepts concernant la participation de la Fédération de Russie aux BRICS le 9 février 2013, qui établit que la création des BRICS est l’un des évènements géopolitiques les plus constructifs depuis le début du siècle, est particulièrement significative.

La Russie soutient que les BRICS devraient se transformer en un partenariat stratégique multilatéral sur le spectre le plus large des questions globales économiques et politiques.

Le rôle de Moscou dans les BRICS pourrait être de poursuivre la mission de trouver un dénominateur commun entre des pays si différents, ainsi que de servir de « pont » vers l’Occident – dont la Russie est une partie, même si elle est distinctement séparée.

La transformation graduelle des BRICS d’un forum de dialogue informel utilisé pour coordonner les positions sur un nombre limité de questions vers une plate-forme complète pour le soutien des interactions stratégiques sur les questions clés de la politique et de l’économie mondiale, est vue comme une étape essentielle.

Il devient ainsi vital de développer à l’intérieur des BRICS un système de mécanismes politiques et opérationnels non formels, qui améliore le dialogue sur les nouveaux moyens de coopération entre les états.

Il est également urgent de promouvoir le dialogue sur le rythme et les formes concrètes d’une possible institutionnalisation des BRICS, incluant la question épineuse de son élargissement (qui n’est pas dans l’agenda actuellement, mais qui y viendra certainement dans le futur).

Les BRICS devraient aussi améliorer son dialogue avec les organisations internationales et régionales majeures, les « économies émergentes » les plus avancées et les pays en développement, et à coordonner les efforts entrepris dans les pays tiers. La Russie pourrait et devrait proposer des initiatives dans chacun de ces domaines.

[Traduction: Bruno Paul (conscience-sociale.org) ]