{ position: center; }
Accueil / 4° séminaire / 4° séminaire – Rapport

4° séminaire – Rapport

En route vers une gouvernance mondiale rénovée – Défense, Énergie, Monnaie, Commerce : le partenariat Euro-BRICS comme condition d’une coopération non-conflictuelle entre pôles mondiaux

séminaire – Moscou (MGIMO), 23-24 mai 2013,  organisé par LEAP/E2020 en partenariat avec le MGIMO

Depuis trois ans maintenant dans le cadre de trois séminaires, LEAP et la MGIMO défendent la mise en place d’une alliance stratégique Euro-BRICS pour permettre d’une part à l’Europe de se tourner résolument vers les dynamiques de demain dont les BRICS sont porteurs, d’autre part aux BRICS de trouver les partenaires dont ils ont besoin pour concrétiser en leur faveur la réforme du système de gouvernance globale. De ce double défi de développement le monde entier a tout à y gagner.

La dernière réunion du réseau Euro-BRICS s’est tenue à Moscou pour débattre des quatre thèmes stratégiques porteurs de conflits majeurs et aux quels des alliances Euro-BRICS pourraient apporter des solutions: défense et sécurité; monnaies, énergie et ressources; commerce.

Dans chacun de ces domaines les structures internationales existantes (OTAN, Dollar, OPEC, cycle de Doha…) sont défaillantes; dans chacun de ces secteurs l’Europe peut présenter des expériences réussies (ECSC, Euro, paix, marché commun); dans chacun de ces domaines reposent les défis pour l’Europe, les BRICS et le monde de demain. C’est pourquoi chacun de ces domaines propose un point d’accroche pour le dialogue entre Europe et BRICS.

Après le succès des premiers événements nous avons le plaisir de vous présenter le rapport du quatrième séminaire Euro-BRICS qui avait été organisé par LEAP/E2020 en partenariat avec le MGIMO de Moscou.

page6image12408
Monnaies – Faire face à la guerre des monnaies et trouver les moyens (définir les outils) pour accélérer la réforme du système monnétaire international

Ce panel a abordé la discussion sur les monnaies sous l’angle dune impérieuse nécessité d’une réforme du système monétaire international (SMI). La crise systémique globale a mis en évidence la fin du règne du dollar. L’époque de vivre aux dépens des bulles de crédit doit prendre fin et il est temps de chercher des alternatives au système actuel.

En analysant le paysage économique actuel il a été constaté que deux tendances opposées se développent à l’approche de cette question. Au sein du G20, nous rencontrons deux bords, l’un qui comprend les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Japon – qui représentent le statu quo – et l’autre qui rassemble tous les autres membres du G20. Il a été souligné que l’Europe, ou plus exactement l’Euroland, a le choix entre le maintien du statu quo et donc des privilèges du monde occidental, ou bien de faire face, de faire front, aux défis du 21e siècle, d’embrasser la montée de nouveaux acteurs dans les affaires mondiales et de prendre part à ce nouveau monde multipolaire. Avec des défis internes très complexes qui nécessitent des mesures innovantes, l’UE et la zone Euro doivent rester les points de repère de la volonté politique et économique commune. Notamment, pour s’acquitter de son rôle de monnaie de réserve mondiale l’Euro doit se libérer de l’infrastructure de la zone Dollar dont il dépend encore quand il s’agit d’échanges internationaux.

Les pays BRICS se sont engagés à adopter une approche commune pour la réforme du SMI et de prendre la tête du monde en développement au sein des négociations du G20. Après les sanctions que les Etats-Unis et l’UE ont prises contre l’Iran, les BRICS ont été les «otages» pour les paiements internationaux, qu’ils soient sous forme de SWIFT, assurances, etc .. Cette situation a mis en évidence la nécessité de concevoir un système de paiement en parallèle comme une chambre de compensation internationale ainsi que la relance de l’Union asiatique de compensation.

Face aux nombreux défis caractérisant la nouvelle architecture internationale, les pays BRICS se sont engagés à trouver des moyens alternatifs pour stabiliser les fluctuations de monnaies en dehors des arrangements conventionnels du FMI. La situation a mis en exergue le besoin de concevoir pour les BRICS des systèmes de paiement parallèles ou de chambres de compensation (« clearing union »). La Chine et la Russie ont déjà procédé à des paiements commerciaux en Renminbi et en Roubles. La Chine et le Brésil avancent en direction d’accords swap sur le modèle de ceux instaurés dans l’ASEAN, signant un accord de swap monétaire de USD 30 milliard. Conscients de la nécessité qu’il y a de fournir de plus grands efforts de coordination pour soutenir les initiatives communes en matière de finance, les dirigeants des BRICS ont convenu d’instituer leur Banque de Développement, conçue pour intensifier la coopération intra-BRICS dans le but de développer de nouveaux paradigmes en matière de modèle de croissance durable et inclusive.

Il a été ajouté par un membre du panel que les BRICS se sont engagés à soutenir et coopérer à un programme sur les forums internationaux sur la stabilité économique et monétaire et ont été témoins de la résistance américano-européenne à ce processus et l’usage de leur puissance pour maintenir le statu-quo. En prenant différentes approches en matière de politique de change, les BRICS ont élargi leur portefeuille de dettes, ont convenu de plusieurs accords de swaps sur les devises et se sont lancés le défi de constituer leur propre banque de développement – en contournant la Banque mondiale, dont les statuts réformés récemment n’ont pas encore été adoptés par les États-Unis. Relevant les défis des économies en développement, ce mécanisme soulagerait la pression de leurs liquidités, renforcerait leur réseau de stabilité financière et gérerait les problèmes de flux de capitaux: un plan d’urgence en or.

Le panel a convenu que la solution doit venir d’institutions internationales multilatérales. Les BRICS doivent participer à cette transition, en procédant à la révision du système actuel des quotas du FMI, en aidant aux réformes structurelles là où elles sont nécessaires, en opérant une réduction du déficit et la correction des déséquilibres du commerce mondial. Ajoutant à cela, les participants au panel ont exhorté à la nécessité de s’abstenir de toute dévaluation compétitive. C’est d’ailleurs à cette fin que la coopération financière a été développée par les BRICS mais également entre l’UE et les BRICS. Du point de vue des participants Chinois cette vision est d’une grande importance. Pékin craint d’autant plus que les défis à venir de l’économie des pays en développement seront difficiles et nécessiteront une coordination de la politique monétaire. La remise en cause des quotas actuels du FMI et de la politique monétaire du SMI1 est perçue comme une réalité tangible par les conseillers de Pékin et un moyen d’aboutir à une gouvernance multilatérale, au partage de la croissance économique permettant un système de gestion de flux de capitaux à court terme.

Le panel a convenu que les défis mondiaux à venir exigeront une économie stable, une politique monétaire coordonnée, un contrôle de la manipulation de la monnaie et une réforme du système de monnaie de réserve. Les participants ont souligné la valeur ajoutée d’un swap de devises UE-BRICS et le développement de mécanismes plus harmonieux pour faciliter le commerce et les échanges financiers d’investissements pour aider à résoudre la crise des changes.

1) SDR its the IMF Special Drawing Rights   :  http://www .imf.org/external/np/exr/facts/sdr .htm

page7image32752

Le sommet du G20 de Septembre à Saint-Pétersbourg pourrait se révéler être un point de changement dans l’histoire du monde. Nous plaidons pour une réunion Euro-BRICS et l’engagement à élaborer un programme commun, à intensifier et à saisir le monde du XIXème siècle en poursuivant un agenda beaucoup plus intégré en matière d’affaires financières, économiques et sociales.

Le monde de demain et le chemin pour sortir de cette crise dépendent dans une large mesure des qualités du nouveau système monétaire international et de sa stabilité.

La crise systémique mondiale a aggravé les problèmes déjà complexes du système du commerce international. L’effondrement du mur du dollar et la montée des économies émergentes est une tendance sur laquelle tous les participants ont convenu.

La transition vers un système multipolaire, l’émergence de différents centres de gravité remettant en cause l’hégémonie occidentale est désormais une réalité plutôt que de l’anticipation. Les pays BRICS ont été réunis dans une perspective financière: le rapport Goldman Sachs s’y réfère comme les prochaines grandes économies dans lesquelles investir. Après l’invitation de Poutine donnée à tous les autres leaders des pays BRIC ceux-ci ont évolué vers une alliance, une vision politique. Le groupe s’est développé en une vision politique commune pour le monde après la crise.

S’arrêtant sur l’institution chargée de coordonner le commerce mondial (l’Organisation mondiale du commerce – OMC), les participants ont convenu de la terrible nécessité de réformer cet organe multilatéral. L’OMC a vu le Cycle de Doha et son Agenda (DDA) prendre fin par une suspension de toute négociation pour une période de 12 ans. L’un des participants a cependant fait valoir que la nomination de l’ambassadeur du Brésil à la tête de l’organisation pourrait être le signe d’un changement mondial. Mais les défis auxquels le nouveau SG devra faire face lors de la prochaine conférence ministérielle à la fin de l’année (Bali, Décembre 2013) sont énormes.

L’impasse de Doha a apporté plusieurs changements dans les relations commerciales mettant l’accent sur les politiques bilatérales et régionales. L’Occident avait milité pour cette suspension peu disposé à examiner les questions clés pour le monde en développement. Il a été ajouté par le panel que face à cette position et ce blocage, les BRICS se sont engagés à coordonner davantage leur ordre du jour sur cette question, malgré le maintien de leur indépendance les uns des autres dans le cadre des négociations.

Le système du commerce mondial a été attaqué par des mesures protectionnistes prises par les gouvernements occidentaux. « Abandonnant » leur engagement à poursuivre des politiques de libre-échange ils ont développé des nouvelles réglementations et des obstacles non tarifaires (subventions, intervention des gouvernements sur certains secteurs économiques, etc…) Ces mesures néo-protectionnistes sont agressives, réactives, elles ont un impact collectif global, et sont guidées par un état d’esprit monopolistique.

La multiplication des TLE reflète cette tendance. L’UE et les Etats-Unis, qui ont une plus grande expérience de ces accords, ont encouragé les efforts visant à permettre la conclusion de nouveaux marchés tout en protégeant leurs propres secteurs stratégiques. Dans ce contexte, un participant a souligné la nécessité pour les BRICS à développer des stratégies de coopération créant une chaîne d’approvisionnement valorisée comme nouveau modèle d’affaires, et qui serait exclusive à eux.

Commerce – S’opposer aux tendances néo-protectionnistes et inventer un nouveau cadre international pour des relations commerciales renforcées, dans le respect des objectifs de la prospérité humaine de chaque région
Un des participants a pris la question à revers, se demandant si le résultat escompté d’une telle dérive des accords multilatéraux ne serait pas un moyen de rendre le système redondant et obsolète et d’empêcher ainsi qu’il renaisse de ses cendres ? Plutôt que de remettre en cause le résultat nous cherchons des solutions pour contrer cette tendance. Un des participants a avancé une solution au problème du détournement des flux commerciaux que créent les TLE : les règles strictes d’origine (RoO), en exigeant que la marchandise soit produite dans les pays exportateurs, empêcheraient le transbordement de marchandises. Aussi simple que cela puisse paraître, c’est pourtant l’une des principales raisons de l’impasse des négociations de Doha.Faisant suite à ces réflexions ainsi qu’au débat qui a opposé les deux camps, les participants du panel ont convenu de la nécessité de modifier le cadre actuel pour un programme plus global et mieux intégré. À cette fin, et grâce à la vision constructive du débat, les participants ont convenu de l’utilité et du caractère révolutionnaire d’une telle coopération entre les BRICS et l’Euroland. L’un des participants a même décrit cette coopération comme étant “gagnant- gagnant”. L’UE étant le principal hôte des IDI et le plus gros importateur/exportateur dans le monde bénéficierait de cette ouverture à de nouveaux marchés émergents de même que les pays BRICS pourraient profiter de cette synergie.Le panel a convenu que, bien qu’il n’existe pas encore de politique commune Euro-BRICS, un cadre plus complexe est mis au point pour lutter contre le protectionnisme et pour en fin de compte rééquilibrer le système monétaire mondial et stabiliser le commerce mondial. Ce nouveau cadre pour une meilleure coordination de la politique commerciale Euro-BRICS doit être défini avec des objectifs à long terme assurant une politique commerciale dynamique qui va à l’encontre de l’approche des gouvernements actuels tendant à promouvoir les intérêts des producteurs internes et à augmenter les mesures protectionnistes sur leurs marchés.Finalement, les participants ont convenu de plaider en faveur d’un approfondissement de la collaboration Euro-BRICS apportant de la valeur ajoutée à la vaste chaîne de coopérations entre les deux blocs. Ce partenariat se révélera être révolutionnaire par rapport à des organismes tels que l’OMC et le G20 ou encore les cycles de négociations de Doha. Ce dialogue politique se révélera être vaste et ouvert à un monde global multilatéral.Avec un marché très sensible et une concurrence croissante dans la recherche d’approvisionnement le marché mondial de l’énergie est une grande préoccupation pour le monde du XIXème siècle dans la mesure où il est essentiel de le façonner pacifiquement.Avec des politiques stratégiques qui sont tous les jours élaborées, remodelées, voire remisées une grande importance a été accordée à la nécessité de définir des mesures coordonnées pour traiter de cette question. Un des participants a présenté une possible solution de politiques coordonnées. Si l’on s’attache à la construction de l’Union européenne on peut estimer que le cadre de la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) fournit une remarquable étude de cas. Ce n’est pas le modèle en lui-même qui est exemplaire, mais plutôt la volonté et l’engagement de mettre en place un marché commun de l’énergie qui se révélera être un grand atout pour calmer toute situation de crise et pour procéder à l’harmonisation des règles de gouvernance institutionnelle et d’accès aux ressources.A partir de là, les travaux se sont portés sur l’identification des acteurs mondiaux du marché de l’énergie. La politique européenne de l’énergie fait référence: visant à créer un réseau européen de l’énergie et à réduire sa dépendance en matière d’approvisionnement, l’UE
Energie et matières premières – S’opposer à des conflits d’intérêts et la conception d’un nouveau cadre international pour l’accès aux matières premières

pourrait gagner un nouveau statut devenant un acteur géopolitique pertinent sur le marché. Ce modèle global permettrait d’assurer la coordination pour gérer les ressources et gérer les nouveaux défis. Les États-Unis défendent une approche beaucoup plus agressive. Après l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan les États-Unis sont maintenant en route pour une techno-révolution: les gaz de schiste. Cette ressource, que les progrès technologiques nous permettent d’explorer a des « effets secondaires » importants sur l’environnement: elle est aussi efficace que polluante. Les BRICS représentent à la fois l’offre et la demande. Alors que la Russie et le Brésil (de façon croissante) sont les géants de l’énergie, l’Inde et la Chine sont toujours fortement dépendants de leurs importations en ressources énergétiques. Un des participants a présenté la Déclaration de Durban comme une transition révolutionnaire dans la pratique de la coopération Sud-Sud et d’une « africanisation » très claire de l’ordre du jour des BRICS. Les répercussions de cette tendance seront discutées plus tard.

Après avoir identifié les acteurs, les participants du panel ont étudié les différentes tendances des politiques en matière de sécurité énergétique. Un participant a présenté les deux principales tendances: d’une part l’approche nationaliste/conflictuelle qui favorise l’extraction des ressources énergétiques, sans tenir compte des émissions de gaz et des gaz à effet de serre, et qui entraîne une course anarchique pour les ressources énergétiques appartenant au patrimoine humanitaire commun, d’autre part l’approche de la gouvernance coopérative/globale qui défend un programme commun sur la sécurité énergétique tout en contribuant à l’atténuation des changements climatiques.

Le panel s’est mis d’accord sur la deuxième approche concernant le programme de coopération, et a proposé de définir les bases d’un possible accord du G20. Le G20 a le potentiel pour devenir la structure principale de mise en place de la gouvernance mondiale qui est plus que nécessaire dans tous les domaines: économie, sécurité, énergie et climat. Un participant a proposé que les pays du G20 signent un accord sur la dé-carbonisation de leurs économies respectives en correspondance avec leur revenu par habitant (richesse), la part des émissions mondiales de carbone (pertinence) et de leurs émissions de carbone par habitant (intensité de leur utilisation de carbone). Il a également été convenu d’appeler à signer un engagement fort pour l’interdiction de toutes les subventions sur les combustibles fossiles, avec une certaine progressivité parmi les pays les plus pauvres. Enfin les participants ont estimé que les pays du G20 devraient également s’entendre pour assouplir les droits de propriété intellectuelle qui ont été définis par les pays occidentaux en fonction de leur domination sur les technologies propres:

  • Etats-Unis, Union européenne, Japon et Chine (+ Taïwan) en matière d’énergie éolienne et solaire
  • Etats-Unis et Union européenne (+ Norvège) en matière de capture et de stockage du CO2;
  • Etats-Unis, Union européenne et Brésil sur les bio-carburants;
  • Etats-Unis et France sur la dernière génération des techniques énergétiquesnucléaires.Le G20 devrait également examiner le lancement d’un Fonds mondial pour financer la recherche et le premier déploiement de nouvelles technologies propres. D’autres recommandations se sont portées sur l’augmentation de la proportion de gaz naturel et la stabilisation de celle du pétrole, dans la matrice énergétique mondiale jusqu’au milieu du siècle. Une plus grande attention devrait être accordée aux énergies renouvelables – hydroélectricité, solaire, éolien, biomasse, houlomotricité, énergie géothermique. L’option nucléaire a également été évoquée, mais aucun consensus n’a été atteint.

 

Un agenda commun Euro-BRICS pour coordonner les politiques en Afrique

Grâce à des prix élevés de ses matières premières et ses exportations de pétrole, l’économie africaine a connu une croissance de 5% par an qui a permis de procéder à un énorme investissement dans les infrastructures alors que la population augmente à un rythme plus rapide que sur n’importe quel autre continent. Avec certaines des plus importantes réserves mondiales de pétrole, gaz et minerais, il devient impératif d’aider les gouvernements africains à éviter la «malédiction des ressources» et de réussir la transition d’une politique d’exploitation des ressources nationales à une coopération en matière de croissance à long terme. En effet, la pression sur les pays africains pour approvisionner des économies de plus en plus exigeantes, telles que les BRICS, donne le ton pour un émiettement des matières premières de l’Afrique dans son ensemble.

Ainsi, et quelque soit l’intérêt pour l’Afrique, il a été convenu par le panel qu’il était avant tout nécessaire de procéder à un changement de pratique, rationnel dans la façon de traiter le continent, et de définir des agendas qui ne protègent pas seulement «l’argent», mais qui encadrent aussi l’économie africaine vers une croissance durable. Gardant ce cap à l’esprit nous avons essayé d’identifier les investisseurs et leur politique à l’égard de leurs fournisseurs.

Pour l’avenir de l’Afrique il est crucial de coordonner croissance économique avec développement social et économique. Le revenu des ressources naturelles n’a cessé de croître au même rythme que la demande en ressources. Un participant a précisé que ce modèle de l’économie doit être coordonné avec les politiques de développement social et économique pour éviter une situation de croissance sans emplois, dans laquelle la corruption détourne la plupart des recettes, créant des situations de conflit, modèle qui ferait fuir tout investissement étranger et retarder le développement de l’Afrique. Il a poursuivi en plaidant pour une politique de croissance durable à long terme dans le cadre de laquelle les gouvernements déploient tous leurs efforts pour lutter contre la corruption et rendre le système transparent et attrayant pour les capitaux étrangers. Une telle politique porterait l’Afrique à « Facilité pour faire des affaires » dans le classement de la Banque mondiale, auprès de Transparency International ou encore dans le cadre de l’indice de compétitivité mondiale.

Comme mentionné précédemment, les BRICS ont un double rôle en la matière, en tant que fournisseurs et en tant que demandeurs d’énergie et de matières premières. Il existe plusieurs accords entre chaque nation BRICS et ses homologues africains: Forum Chine- Afrique (2000); IBSA (2003); Nouveau Partenariat stratégique Asie-Afrique (2005) et le Forum Inde-Afrique (2008). Quant à l’Europe dix TLE stratégiques ont été signés au cours des dernières années et plusieurs programmes politiques ont été conçus pour aider les pays africains: la stratégie commune Afrique-UE (2007) étant la dernière en date, elle vise l’intégration économique régionale, l’utilisation durable des ressources énergétiques et les investissements dans les infrastructures. Il a été cependant souligné par les participants que la poursuite de TLE par l’UE a sapé le multilatéralisme, et paralyse tout effort coordonné.

La libération de l’Afrique a commencé avec le plan d’action de Lagos en 1980, depuis elle a lutté pour surmonter la corruption et corriger les erreurs de la BM et du FMI sur le continent. La nationalisation des ressources et la substitution des importations, ainsi que la réévaluation des droits d’exploitation ont apporté espoir et croissance – il a fallu à l’Afrique seulement une génération pour atteindre un PIB au niveau de celui avant les années 90! – mais l’Afrique connaît toujours des cas d’abus et d’inégalités, il est donc important de transférer les fondamentaux de ces économies riches en ressources naturelles sur les bases de l’innovation, et ce avant qu’il ne soit trop tard!

Dans ce cadre, les participants ont convenu de la nécessité d’une plate-forme de coopération UE-BRICS. Plutôt que de se voir comme concurrents en matière de ressources, une initiative conjointe se révélera être la voie de la durabilité, de la stabilité et du progrès démocratique.

La Déclaration de Durban à la suite du sommet BRICS en Avril 2013 a poussé pour une africanisation de l’agenda BRICS. Les participants ont exhorté l’UE à soutenir cette initiative, comme le super cycle des ressources touche à sa fin (révolution du gaz de schiste?), il sera essentiel de soutenir les pays africains avec des investissements étrangers directs (développement) plutôt que l’aide au développement (APD). Ce changement de raisonnement serait vraiment reconnaître l’Afrique non pas comme une pompe à ressources mais comme un partenaire dans le monde du 21ème siècle.

La crise de légitimité rencontrée par les institutions du système de gouvernance mondiale mis en place après 1945 se traduit par l’effondrement de l’ancien cadre de la coopération internationale, et il semble que rien ne soit prévu pour le remplacer, et une multitude de projets d’intégration régionale plus ou moins réussis. Ce sont les entités régionales supra- nationales actuellement en train de se constituer, et créées dans un contexte de situation d’urgence, qui sont effectivement les éléments constitutifs de monde multipolaire de demain. Ces processus d’intégration sont une étape nécessaire, mais sans un nouveau cadre de gouvernance « mondiale », capable de combiner harmonieusement ces nouveaux composants, les conflits d’intérêts vont bientôt les opposer et rapidement conduire le monde dans la logique qui a prévalu en Europe à la fin XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle.

Aujourd’hui, tout le monde peut constater ces tensions qui montent entre les blocs sur les questions de l’accès aux matières premières, le commerce, les devises, .. mettant une forte pression sur la fragile paix dans le monde et mettant en danger le développement impressionnant des puissances émergentes et la longue période de prospérité des puissances occidentales.

Le prochain G20 qui se tiendra à Moscou en Septembre sera la prochaine occasion que le monde se donne pour trouver des solutions aux difficultés croissantes pour maintenir son équilibre. Mais le temps est compté …

Tout au long du séminaire, les participants ont affirmé à plusieurs reprises que «le dollar américain et l’économie des États-Unis ne sont plus en mesure d’être les piliers de l’ordre mondial économique, financier et monétaire» et la question était celle de « la création d’une monnaie de réserve internationale (qui pourrait être appelée le global) fondée sur un panier de monnaies en fonction des principales économies de la planète ».

En outre, les participants ont insisté sur l’urgence de créer les conditions pour l’ouverture d’une telle réforme: l’identification du G20, parmi toutes les instances internationales, comme la plate-forme appropriée; le ciblage du G20 comme étant l’organe le plus susceptible à adopter des programmes «courageux» (ceux adressés en dehors de la zone occidentale en particulier); le lancement d’un programme de rapprochement stratégique entre la zone Euro et les BRICS dans le but notamment de créer les conditions d’un nouvel équilibre décisionnel au cœur du G20, etc… Toutefois, l’effondrement de la crédibilité des institutions de la gouvernance mondiale dans la résolution/prévention des crises n’a fait que s’aggraver et le G20 lui-même semble de moins en moins pertinent comme rampe de lancement pour un changement fondamental: même si la direction initiée dans ce contexte donne un peu d’espoir, la vitesse du changement est trop lente face à la crise.

Ainsi le séminaire de Moscou a permis de marquer un tournant dans le projet Euro-BRICS. Tout au long des discussions, la question a été la suivante: les institutions de la gouvernance mondiale, théoriquement en charge de la gestion de la crise qui affecte le monde depuis les cinq dernières années, sont-elles structurellement capables d’entreprendre les réformes nécessaires pour créer les conditions d’une amélioration de leur efficacité?

Réforme du forum international et la route vers une gouvernance mondiale plus forte

Tout au long des deux jours de débats, cette question lancinante eut deux temps forts. Tout d’abord quand il est apparu que la Chine, un grand champion de la réforme du système monétaire international depuis 2009, tout en soutenant toujours une telle solution qu’elle considère toujours comme la «solution idéale», s’était effectivement retirée du champ de bataille pour se concentrer sur une stratégie d’accords de swap bilatéraux, une stratégie ayant, bien sûr, le grand avantage de lui donner le champ libre. Plutôt que de se fier à des moulins à vent pour obtenir une réforme appropriée dépendant de l’accord de puissances qui ne veulent pas aller dans cette direction, la Chine a donc opté pour une stratégie hors du système d’une organisation monétaire, moins bonne, moins complète, mais plus réaliste.

L’autre point concerne la fameuse réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies, saint des saints hérité du lendemain de la Seconde Guerre mondiale serpent de mer du débat sur la réforme des institutions internationales. En réponse à la question «le Conseil de sécurité des Nations Unies peut-il être réformé? » la réponse finalement apportée par l’ensemble des participants a été «non». Pire: une telle réforme est moins probable aujourd’hui que par le passé. Un exemple, l’effet vertueux qu’aurait eu la création d’un siège unique pour l’UE au lieu des sièges britanniques et français dans le cadre de la réforme du nombre et de la répartition des sièges alors que le Royaume-Uni envisage sérieusement de quitter l’UE, semble aujourd’hui beaucoup plus difficile à réaliser que par le passé… en fait impossible.

Le troisième point concerne l’obsolescence structurelle des institutions internationales: à l’ère de l’Internet, du travail à distance, de l’hyper-mobilité, … la bureaucratie lourde d’un gouvernement mondial centralisé d’hier basé sur le regroupement de dizaines de milliers de fonctionnaires dans des bâtiments énormes, est de facto complètement obsolète et inadéquate pour répondre aux défis de la gouvernance d’aujourd’hui éminemment plus complexe qu’il y a 80 ans, en raison de son caractère multipolaire notamment. Souplesse, rapidité d’action, flexibilité, polyvalence, légèreté, seront les maîtres mots de la gouvernance mondiale et des institutions internationales de demain, même si le Conseil de sécurité a ouvert ses portes au Brésil ou à l’Inde, il aura du mal à s’adapter à ces nouvelles contraintes.

Ces considérations ont conduit à scinder l’objectif du projet Euro-BRICS en deux:

  • −  Tout d’abord, le projet Euro-BRICS continuera à produire des réflexions sur les réformes possibles et les moyens de les mettre en œuvre au profit des dirigeants du G20/Euro-BRICS;
  • −  mais d’autre part, le projet Euro-BRICS ouvre un tout nouveau champ d’action/d’idée fondé sur l’idée que le partenariat entre la zone Euro et les BRICS peut servir de modèle pour une nouvelle gouvernance mondiale.Dans les deux cas, la tenue d’un sommet Euro-BRICS d’ici 2014 est considérée comme une priorité pour laquelle le LEAP, en partenariat avec le MGIMO et le cœur du réseau Euro-BRICS rassemblé au long des quatre séminaires, a l’intention de consacrer une grande partie de son énergie .

 L’Euro-BRICS, matrice d’une nouvelle gouvernance mondiale

Ce concept d’une matrice pour une gouvernance mondiale rénovée est très porteur. En guise de preuve appliquons-le à la réforme monétaire. Plutôt que d’appeler à la création d’une monnaie mondiale sans aucune latitude pour pouvoir l’imposer, créons une monnaie Euro- BRICS (ou même juste un indice) entre les Européens et les BRICS sur la base de nos six devises (Euro, Rand, Real, Renminbi, Roupie, Rouble), coordonnée par un secrétariat monétaire Euro-BRICS. Cette monnaie/index flexible, pourrait être utilisée par les acteurs économiques qui le souhaitent. Une monnaie/index qui ne remet en cause personne, mais qui pourrait rapidement révéler son pouvoir de stabilisation. Ce modèle de monnaie/index pourrait être conçu dès le départ comme pouvant être étendu à d’autres devises suivant des conditions strictes ou pouvant être transformé, en temps voulu et si il a prouvé son utilité, en une monnaie mondiale.

En ce qui concerne le commerce, on pourrait imaginer la création d’un secrétariat de facilitation des échanges Euro-BRICS et éviter ainsi le piège d’un partenariat de libre-échange dont personne ne veut et lequel pourtant continue à être imposé dans le cours normal de la mondialisation. Dans le domaine de l’énergie, un accord-cadre Euro-BRICS inspiré par la CECA pourrait être négocié. Etc…

Ces quelques mesures pratiques permettent de voir que le partenariat Euro-BRICS peut offrir un espace de liberté décisionnelle mutuelle dans un vaste champ d’actions vraiment efficaces pour la construction d’un nouveau cadre de gouvernance mondiale. Les pays Euro-BRICS ne représentent certes pas le monde entier, mais ces pays en représentent une part non négligeable, de par leur démographie, le rapprochement des uns avec les autres, leur diversité, leurs intérêts et destin communs, les zones d’échanges et les flux qu’ils représentent – ce ne sont donc pas seulement les BRICS et encore moins la zone euro seule. L’Euro-BRICS peut donc être le laboratoire d’une nouvelle gouvernance mondiale, transformant rapidement les décisions en actions, ce que les institutions du 20e siècle ne sont plus capables de faire établir elles-mêmes, uniquement par l’efficacité de leurs solutions, contrairement à l’attitude du « ne rien faire » qui prévaut ailleurs.

Une matrice de ce type est capable de conduire le monde vers un modèle de gouvernance moderne, souple, capable d’intégrer la grande diversité des entités nationales et supranationales qui ont couvert le monde ces dernières décennies, un modèle décentralisé fonctionnant sur la base de toutes ces entités reliées les unes aux autres par l’intermédiaire de secrétariats ad hoc simples ou d’autorités “agiles” qui coordonnent un domaine particulier, un réseau multi-facettes de l’ensemble des nouveaux piliers du monde d’aujourd’hui.

P. Simoes, B. de Sonis, M.H. Caillol