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A la recherche du nouvel équilibre global post-crise – Sommet EURO-BRICS en 2014 ou 2015 : L’agenda se précise

Juin 2011 (GEAB N°56)

LEAP/E2020 a initié il y a maintenant plus de deux ans les premières anticipations sur la tenue d’un sommet Euro-BRIC (devenu BRICS depuis 2011). Cet événement, qui en 2009/2010 paraissait totalement improbable à la plupart des experts en relations internationales, était en effet considéré par notre équipe comme un point de passage incontournable pour tout futur équilibre mondial post-crise systémique. Les tendances lourdes conduisant à la crise nous paraissaient porteuses de cette réorganisation majeure des relations internationales, caractérisée par une réconciliation des équilibres du monde d’avant la période coloniale européenne et de celui issu de cette même période coloniale dont le XX° siècle « transatlantique » ne fut que le dernier avatar.

Aujourd’hui, à la veille du second semestre 2011 qui va être le théâtre du deuxième grand choc de la crise systémique globale cumulant crise économique, financière et monétaire et dislocation géopolitique mondiale[1], LEAP/E2020 a eu l’occasion d’aborder directement la question centrale de l’agenda potentiel d’un tel sommet Euro-BRICS grâce au premier séminaire sur ce sujet rassemblant Européens, Brésiliens, Russes, Indiens, Chinois et Africains du Sud[2]. Comme annoncé aux lecteurs du GEAB en Février dernier, cette conférence-brainstorming s’est tenue à Moscou, à l’Institut des Etudes Européennes du prestigieux MGIMO (Institut national des Relations internationales), les 23 et 24 Mai 2011[3].

Les enseignements de cette première session de travail Euro-BRICS sur la question de l’agenda d’un futur sommet rassemblant les leaders concernés sont d’une richesse remarquable. Notre équipe estime que quatre d’entre eux en particulier méritent toute l’attention des décideurs et acteurs européens et BRICS :

  1. La richesse, la variété et la nouveauté des échanges Euro-BRICS initiés à cette occasion contraste avec la pauvreté, l’uniformité et la banalité des traditionnels échanges entre Européens et chacun des pays BRICS pris individuellement, ou bien entre Européens et Américains dans le cadre de la relation transatlantique des vingt dernières années[4].
  1. L’absence d’équivalent au sein des relations internationales de ces dernières décennies d’un dialogue entre le réseau européen, pluri-national structuré et institutionnalisé (et même semi-étatique dans sa dimension Euroland), et le réseau multi-national en gestation très rapide des BRICS.
  1. Le sentiment partagé d’un pouvoir potentiel d’influence sans équivalent sur les affaires du monde avec un dialogue Euro-BRICS représentant directement la moitié des habitants de la planète, soit 3,5 milliards de personnes ; et indirectement quatre continents (Asie, Amérique du Sud, Afrique, Europe).
  1. La grande convergence sur nombre de thèmes essentiels concernant la gouvernance globale et les grands défis du monde des prochaines décennies.

Ces précisions nous paraissent essentielles car elles conditionnent la suite des anticipations de LEAP/E2020 au sujet d’un futur sommet Euro-BRICS : c’est une chose d’identifier une tendance lourde, d’anticiper qu’elle conduit un carrefour qui peut orienter le monde vers une situation post-crise meilleure ou au contraire tragique selon les choix effectués, et c’en est une autre de constater dans la pratique que les acteurs concernés par cette éventuelle orientation sont en mesure de dialoguer constructivement, voire même sont surpris positivement par l’intérêt d’un tel dialogue une fois qu’il est initié.

L’une des premières conséquences de cette situation, c’est que LEAP/E2020 anticipe désormais la tenue du premier Sommet Euro-BRICS pour 2014 et non plus pour 2015. Dans un tel contexte porteur de dialogue, l’aggravation de la crise d’ici fin 2011 et le renouvellement des dirigeants dans plusieurs des pays concernés, en particulier dans l’Euroland, vont en effet accélérer le processus.

Avant de poursuivre, clarifions ce que recouvre à ce stade le terme « Euro » du dialogue Euro-BRICS. Dans un premier temps[5], LEAP/E2020 estime qu’il ne s’agira pas de l’Union européenne mais plutôt de l’Euroland. L’Allemagne, en votant avec les BRICS au Conseil de Sécurité de l’ONU à propos de l’attaque de la Lybie, a déjà ouvert la voie. L’élimination de Nicolas Sarkozy au premier tour des présidentielles françaises, comme anticipé dans le GEAB N°49, et l’impossibilité désormais d’une candidature de Dominique Strauss-Kahn assurent que le futur président français[6] reviendra à une politique étrangère française traditionnelle, refusant l’inféodation à Washington et promouvant une politique européenne pro-active au niveau mondial. C’est donc autour du noyau franco-allemand[7], et plus généralement d’un Euroland qui sait que les BRICS constituent le plus important soutien extérieur à l’Euro[8], que se construira le pôle européen de la dynamique Euro-BRICS[9]. D’ailleurs, signe d’une telle évolution, lors du séminaire de Moscou, les Européens étaient essentiellement des « Eurolandais ». Très vite (vers 2012), une fois la dynamique enclenchée, les pays candidats à l’Euro, c’est-à-dire en fait presque tout le monde sauf le Royaume-Uni, rejoindront le cœur eurolandais du dialogue Euro-BRICS.

Les institutions communautaires de Bruxelles, en particulier la Commission européenne où l’influence anglo-américaine de ces deux dernières décennies est en perte de vitesse à un rythme rapide, seront divisées sur le sujet et tenteront de ralentir le processus sans oser s’y opposer publiquement. On peut compter sur le service diplomatique commun, où  les « Atlantistes historiques » sont sur-représentés[10], pour s’activer en ce sens[11]. Mais au sein même des institutions européennes et surtout dans leur environnement direct (lobbies économiques en particulier), la pression monte en sens contraire : les entreprises comme les grands investisseurs européens veulent se rapprocher au plus vite des BRICS. Ainsi que le faisait remarquer récemment un puissant investisseur institutionnel de l’Euroland : avec une moyenne de 8% à 10% de croissance sur la décennie à venir côté BRICS et au mieux 1% à 2% côté américain, le débat est déjà tranché pour les milieux économiques et financiers européens[12]. Les politiques vont devoir mettre leurs « convictions » au goût du jour très rapidement[13].

Le chemin conduisant au sommet Euro-BRICS de 2014

Très concrètement, notre équipe anticipe une multiplication à partir de l’automne 2011 des rencontres informelles de haut niveau entre hauts fonctionnaires et décideurs économiques et financiers de l’Euroland, d’une part, et des BRICS pris individuellement, d’autre part, au sujet d’un éventuel sommet Euro-BRICS. Côté BRICS, le sujet va également être abordé à cette date dans des discussions entre diplomates et entre dirigeants économiques et politiques[14]. Puis, sous le coup de l’aggravation de la crise et du renouvellement des dirigeants politiques, en particulier dans l’Euroland, à partir de la seconde moitié de 2012, on va assister aux premières discussions diplomatiques informelles sur un éventuel sommet, appuyées par des messages individuels ou conjoints en ce sens émis par des dirigeants économiques et financiers européens et des pays BRICS. En 2013, une date et un lieu seront proposés puis adoptés pour que le premier sommet Euro-BRICS puisse se tenir en 2014.

Mais revenons plus en détail sur les quatre principaux enseignements de cette première rencontre de haut-niveau Euro-BRICS qui se reflète dans la proposition d’agenda du futur sommet Euro-BRICS en fin de cette analyse.

La richesse, la variété et la nouveauté des échanges Euro-BRICS initiés à cette occasion contraste avec la pauvreté, l’uniformité et la banalité des traditionnels échanges entre Européens et chacun des pays BRICS pris individuellement, ou bien entre Européens et Américains dans le cadre de la relation transatlantique actuelle

L’ensemble des participants à cette première réunion Euro-BRICS a été frappé par l’intérêt des débats au contraire de la plupart de ces réunions internationales qui sont l’occasion de répéter des discours, des analyses ou des propositions déjà entendues mille fois. Les pays BRICS sont indéniablement porteurs de projets, de revendications et de visions du monde que les Européens n’ont pas l’habitude d’entendre.

Il y a à peine quatre ou cinq ans encore, les Européens discutaient en bilatéral uniquement avec chacun des pays BRICS[15], et le faisaient en général en posant seuls les limites du débat voire en imposant le contenu (souvent défini à Washington) au moins sur les grands sujets mondiaux (gouvernance mondiale, climat, commerce, économie, finance, …). Aujourd’hui, après trois années de crise qui ont mis l’Occident en lambeaux et plongé l’Europe dans une crise grave, tandis que les BRICS caracolent économiquement, une discussion avec les cinq BRICS ensemble impose aux Européens modestie, ouverture, écoute et donc, découverte. C’est aussi à cela que servent les crises : les murs détruits peuvent permettre des dialogues précédemment impossibles.

Cette réalité est renforcée par l’extrême diversité des pays BRICS, tant en interne pour chacun d’entre eux, qu’entre eux également. C’est un « multilogue » autant qu’un dialogue et qui s’appuie paradoxalement sur la facilité historico-linguistique des Européens à parler avec la plupart des BRICS. Mis à part la Chine, les autres pays BRICS partagent, pour le pire et le meilleur, des pans entiers de l’histoire européenne. Ou, dit de manière moins euro-centrique, les Européens partagent des pans entiers de l’Histoire de chacun des pays BRICS (la Chine étant un cas à part). Et au sein des BRICS, la Russie tient bien entendu une place toute particulière dans la logique d’une coopération Euro-BRICS. Elle est à la fois européenne (même si hors de l’UE) et BRICS, ses priorités stratégiques font du développement du réseau BRICS la deuxième priorité stratégique du pays … après la coopération Euro-Russe.

geab 56 - 1Evolution des parts des BRIC dans les exportations et les importations de l’UE (en %) (comparaison 2000/2009) – Sources : Oehler-Sinçai / DG Trade / Eurostat, 05/2011

L’absence d’équivalent au sein des relations internationales de ces dernières décennies d’un dialogue entre le réseau européen, pluri-national structuré et institutionnalisé (et même semi-étatique dans sa dimension Euroland), et le réseau multi-national en gestation très rapide des BRICS

Car si l’Europe, sous ses formes UE ou Euroland, peut souvent paraître cacophonique, elle est néanmoins organisée. Par rapport à la diversité des BRICS et à la nouveauté de leur réseau, les Européens sont un pôle homogène, surtout dans l’Euroland. Pour ce qui est du réseau BRICS, on constate à la fois un immense besoin de découverte mutuelle entre ses membres et une formidable dynamique visant à multiplier les points de contacts, les processus de mise en relation au-delà de l’origine diplomatico-politique des BRICS. Selon LEAP/E2020, les années 2011/2012 vont être des années de transition au sein du réseau BRICS, accroissant de manière significative la masse critique des acteurs économiques, financiers, universitaires, politiques impliqués dans des réseaux BRICS.

Un réseau étant essentiellement un outil, les BRICS sont en train de forger cet outil selon deux axes essentiels qui imposent cet élargissement de la base « sociale » du réseau BRICS :

. un outil pour transformer la gouvernance mondiale en la rééquilibrant en leur faveur ;

. un instrument pour multiplier les liens directs entre eux, qui ne soient plus dépendants des intermédiaires occidentaux.

Cette dualité explique d’ailleurs le premier sentiment d’incertitude devant le concept de BRICS. Ce sentiment a été largement alimenté par la presse occidentale qui a d’abord cherché à discréditer toute pertinence géopolitique au concept de BRICS avant de devoir ces derniers mois reconnaître qu’il s’agissait d’une réalité désormais incontournable[16]. Mais il est indéniable que chacun, y compris des acteurs venus des BRICS eux-mêmes, se demande de prime abord comment un tel attelage, aussi gigantesque qu’il est hétérogène, va pouvoir « tenir la route ».

Puis, avec l’expérience concrète croissante de ces rencontres BRICS s’impose cette double nature du « phénomène BRICS »[17] :

. une action politique volontariste de moyen terme (moins d’une décennie) faisant des BRICS l’instrument d’un changement radical des grands équilibres et des mécanismes de la gouvernance mondiale inventés par l’Occident pour son propre compte ;

. une action de long terme (une génération : vingt ans), tendancielle, impliquant également les autres secteurs de la société de chacun des pays BRICS, visant à reconnecter directement des parties essentielles du monde d’après la crise, sur des schémas qui ne soient plus « occidentalo-centrés ».

L’outil sert donc deux buts, avec deux échéances différentes, et il sera utilisé par deux types d’acteurs différents. Le second objectif peut d’ailleurs entrer en collision avec la volonté des décideurs politiques à l’origine du premier objectif : mettre en place des programmes de contacts réguliers entre ONG, société civiles et étudiants des différents pays BRICS n’est pas nécessairement du goût des dirigeants de chacune des cinq puissances. Mais la cohérence d’un instrument politico-historique se construit avec le temps et l’action des hommes. Elle n’est pas donnée d’avance. Il suffit de regarder la construction européenne pour s’en convaincre.

Cependant, comme pour la construction européenne, on peut dégager une contrainte existentielle pour le réseau BRICS : il lui est nécessaire d’être constructif, éventuellement de manière offensive (c’est-à-dire en « tapant sur la table » si nécessaire pour se faire entendre), mais il ne peut pas être destructeur ou agressif. Et c’est d’ailleurs une affirmation constante des acteurs BRICS. Au-delà de leur affirmation, cela tient tout simplement à la nature disparate des intérêts stratégiques et des motivations des cinq pays impliqués. Leurs relations avec l’ « Occident », maître du monde en pleine déchéance, ne sont pas de la même nature : certains comme le Brésil, l’Afrique du Sud ou l’Inde entretiennent des relations complexes[18] avec l’Occident ; alors que Russie et Chine ont une longue histoire d’affrontement stratégique avec ce même Occident. La logique Euro-BRICS peut permettre de médiatiser ces deux tendances internes aux BRICS puisque l’Europe n’est depuis soixante ans que la marche orientale de cet Occident essentiellement américain (une sorte de « petit Occident »), tout en offrant une capacité unique, celle de pouvoir être entendue par Washington[19].

Le sentiment partagé d’un pouvoir potentiel d’influence sans équivalent sur les affaires du monde avec un dialogue Euro-BRICS représentant directement la moitié des habitants de la planète, soit 3,5 milliards de personnes ; et indirectement quatre continents (Asie, Amérique du Sud, Afrique, Europe)

Si les BRICS représentent directement trois milliards d’habitants, déjà 50% de la consommation pétrolière mondiale, 75% de la croissance économique prévue pour les dix prochaines années, des réserves énergétiques, minérales et agricoles énormes, 20% du PNB mondial (probablement 35% d’ici 10 ans) et du commerce mondial, 53% des investissements directs étrangers, etc…, ils sont en fait encore plus importants que cela car plusieurs d’entre eux sont en fait les acteurs-clés de processus d’intégration régionale et/ou continentale qui en fait des représentants privilégiés de régions ou continents entiers : la Chine avec l’Asie de l’Est et du Sud-Est, le Brésil avec l’Amérique du Sud, l’Afrique du Sud avec l’ensemble du continent africain et la Russie avec une partie de l’Asie centrale.

Et l’Europe continue à être le premier ensemble économique et commercial de la planète, la région possédant à la fois la plus importante épargne[20] et la plus grande stabilité politique, l’ensemble économico-commercial possédant la plus grande expérience multilatérale et aspirant à un polycentrisme global depuis de nombreuses années. Enfin, grâce à l’Euroland, c’est l’entité qui possède la seule devise internationale de réserve alternative au Dollar. Or s’il devait y avoir un seul lien actuel qui légitime le dialogue Euro-BRICS au plus haut niveau, c’est bien l’Euro. Non seulement son succès international doit beaucoup à l’enthousiasme des BRICS, Chine en-tête, pour diversifier leurs réserves hors du Dollar US, mais on peut dire que les BRICS n’ont pu apparaître en tant que « force géopolitique » que grâce à l’existence de l’Euro. Sans la monnaie unique européenne, Pékin, Moscou, Brasilia, New Delhi, … seraient condamnés à subir le monde unipolaire washingtonien sans pouvoir faire autre chose que des gesticulations sans conséquence. C’est de facto l’Euro qui a ouvert la brèche dans le « Mur Dollar », brèche que les BRICS ont su élargir rapidement en utilisant leur richesse nouvelle pour stimuler l’alternative européenne à la devise américaine[21].

Cette convergence involontaire de destins, qui ne fait que traduire le chevauchement des fins de deux époques, celle du monde américain d’après 1945 et celle du monde de la conquête européenne initiée au XVI° siècle, constitue indéniablement l’un des atouts historiques du futur sommet Euro-BRICS : Européens, Russes, Chinois, Indiens, Brésiliens et Sud-Africains sont bien les forces nécessaires et suffisantes pour reconstruire une gouvernance mondiale adaptée au XXI° siècle[22]. La question reste bien entendu entière de savoir s’ils seront capables de le faire entre 2012 et 2017, en utilisant la « fenêtre de tir » identifiée par Franck Biancheri dans son livre « Crise mondiale : En route pour le monde d’après ». Sinon, une magnifique occasion aura été gâchée et le monde, BRICS inclus[23], se fragmentera en blocs régionaux antagonistes.

La grande convergence sur nombre de thèmes essentiels concernant la gouvernance globale et les grands défis du monde des prochaines décennies

C’est donc ce potentiel historique, tout autant que des intérêts tactiques (crise de la dette périphérique de la zone Euro) et stratégiques évidents (commerce, investissements, recherche[24], …), qui détermine l’agenda du futur sommet Euro-BRICS. Ce dernier, loin d’initier un processus de coopération, ne fera que formaliser au plus haut niveau une réalité déjà bien affirmée dans presque tous les secteurs. A l’occasion du premier séminaire Euro-BRICS qui portait justement sur cette question de l’agenda, les neuf thèmes suivants ont été retenus :

  1. 1.              Réformes de la gouvernance mondiale (FMI, Conseil de Sécurité[25], OMC, Banque Mondiale, …) pour adapter ces institutions (leurs méthodes comme leurs structures dirigeantes) au monde du XXI° siècle
  1. 2.              Réforme du système monétaire international (mise en place d’un système de gestion de plusieurs devises de réserve, cohérence globale du système monétaire et financier, meilleure analyse des risques systémiques mondiaux, …)
  1. 3.              Réforme du la gestion globale du tandem « Commerce et investissement » (rééquilibrage des systèmes de protection des marchés nationaux)
  1. 4.              Initiatives pour un équilibre social mondial (intégration volontariste de la dimension sociale intérieure et extérieure dans les grands accords internationaux)
  1. 5.              Initiatives pour renforcer la « Sécurité humaine » (protection contre les désastres naturels, les trafics d’êtres humains, assurance des besoins humains de base, sécurité alimentaire, …)
  1. 6.              Initiatives pour domestiquer la finance mondiale (limitation de la rémunération des activités financières, maîtrise internationale des flux financiers, …)
  1. 7.              Création de programmes d’échanges universitaires Euro-BRICS
  1. 8.              Coopération scientifique et technologique notamment en matière de lutte contre le réchauffement climatique, la conquête et l’exploitation spatiale, les sources d’énergies nouvelles et alternative 
  1. 9.              Amélioration de la gestion globale des migrations et la mobilité des personnes

Ces thématiques sont indéniablement toutes importantes pour organiser de manière durable le monde d’après la crise. Pourtant plusieurs d’entre elles seraient immédiatement rejetées ou vidées de leur substance dans le cadre de sommets comme celui du G20 car leur traitement efficace (c’est-à-dire débouchant sur des solutions réelles et non pas des déclarations d’intention) exige de pouvoir les analyser sans prendre en compte les conflits d’intérêts de certains pays qui bénéficient d’une certaine manière des dysfonctionnements actuels[26] ; ou bien de s’affranchir de vétos systématiques sur certains thèmes[27]. Plusieurs thèmes impliqueront sans aucun doute de fortes oppositions entre Européens et BRICS ; mais c’est bien pour cela aussi qu’il faut discuter en gardant en mémoire que, pour résoudre un problème, il faut avant tout s’accorder sur son existence[28].

Enfin, pour terminer, rappelons que le potentiel Euro-BRICS suffit à pouvoir générer une dynamique irrésistible ensuite au sein du G20, une institution qui aujourd’hui s’enlise dans l’impuissance faute de pouvoir « appeler un chat un chat » et de ne pas être en mesure de mettre à l’agenda des sommets les problèmes essentiels de la gouvernance mondiale du monde d’après la crise.

Ce futur sommet Euro-BRICS permettra de « dénouer ce nœud gordien » d’une manière pacifique ; sinon, quelques années plus tard, il le sera de toute manière mais beaucoup plus violemment. Rappelons en conclusion que l’équipe de LEAP/E2020 est convaincue que « l’Histoire ne repasse pas les plats » et qu’il est essentiel d’utiliser la fenêtre d’opportunité historique qui est ouverte devant nous pour les quatre ou cinq ans à venir.


[1] Voir GEAB N°55

[2] Ces derniers n’étaient qu’observateurs via leurs diplomates.

[3] Voir le programme et les participants sur le site Europe2020.

[4] Même les sommets USA-UE n’intéressent plus personne puisque rien d’intéressant n’y est discuté. D’ailleurs de sommets réguliers, ils sont devenus des « sommets quand nécessaire » depuis l’ « incident » de Madrid en 2010 qui avait vu Barack Obama « snober » ses homologues européens. Depuis, on ne peut pas dire que la nécessité a fait se multiplier ces rencontres, bien au contraire. Source : EUObserver, 27/03/2010

[5] Au moins celui de la préparation du premier sommet Euro-BRICS (2011-2013). Ensuite, le sommet devenu inévitable il est fort probable que l’ensemble de l’UE (britanniques compris) se rue pour « en être ».

[6] Ou présidente.

[7] On a déjà un exemple précurseur en la matière avec les sommets Allemagne-France-Russie de ces deux dernières années. Avec l’idée actuelle d’y associer la Pologne (futur membre de l’Euroland), ils pourraient tout-à-fait servir de matrice au futur Sommet Euro-BRICS.

[8] Et même si des partis officiellement plus atlantistes viennent au pouvoir en Espagne, au Portugal ou en Grèce, le caractère vital des achats chinois de leurs dettes publiques constituera un impératif majeur pour qu’ils inscrivent dans une logique Euro-BRICS.

[9] La Banque Centrale Européenne, qui sait combien le soutien des BRICS est essentiel pour le présent et l’avenir de l’Euro, fera partie de ce noyau.

[10] Source : Le Figaro, 28/12/2010

[11] Mais l’inefficacité diplomatique de l’outil en question le condamne à n’avoir quasiment aucun impact sur la question.

[12]  N’oublions en effet jamaisque  quand on veut anticiper les choix européens, ce sont presque toujours des choix de marchands : la période de cinq cents ans dont nous sortons, celle de l’expansion mondiale européenne, a d’abord été conditionnée par des choix commerciaux. La politique, la religion, la civilisation sont toujours arrivées bien après dans les motivations décisives. La période historique qui s’ouvre obéira à ce même ressort fondamental des Européens.

[13] On est en effet très éloigné du contexte pré-2008 dont sont issus la plupart des principaux dirigeants européens actuels. A l’époque, les milieux économiques n’avaient d’yeux que pour les Etats-Unis et son « miracle économique et financier ».

[14] Les BRICS ont établi depuis 2008 un véritable système de réunions à différents niveaux et sur des thèmes de plus en plus nombreux : ambassadeurs au Conseil de Sécurité, Ministres des Affaires étrangères, et depuis le sommet BRICS de Sanya, également réunions régulières des ministres de la Santé, de l’Agriculture, des Finances, des responsables de la Sécurité nationale, … sans compter l’activation d’un programme de jumelage de villes et, enfin, la création dans plusieurs universités de nouveaux centres d’études spécialisés sur les BRICS.

[15] Il est intéressant de lire ce rapport sur les relations commerciales EU-BRIC de l’Institut viennois d’études économiques internationales (WIIW), daté de Septembre 2009 et préparé avec des chiffres de 2007/2008. Alors que le concept BRICS faisait à peine son entrée dans les milieux académiques, déjà l’importance des relations commerciales BRICS était soulignée.

[16] Le sommet de Sanya d’avril 2011 a ainsi été le premier sommet BRICS à bénéficier d’une couverture substantielle dans la presse occidentale.

[17] L’accroissement rapide du commerce intra-BRICS est un exemple concret de cette dynamique. Sources : Business Standard, 15/04/2011

[18] Une semi-appartenance mêlée à un rejet partiel, héritage de la période coloniale.

[19] A condition d’avoir quelque chose d’intéressant à dire … ce qui est justement la valeur-ajoutée indéniable d’une coopération Euro-BRICS. L’Euroland et les BRICS peuvent faire basculer toutes les majorités au sein de l’ensemble des institutions internationales ! Ce qui est loin d’être un détail comme on peut aisément l’imaginer.

[20] Donc la plus importante capacité de financement durable de la planète.

[21] Un rappel : début 2006, LEAP/E2020 avait identifié la création de l’Euro comme le facteur décisif qui permettait un basculement hors du monde défini après 1945.

[22] Pour comprendre la dimension stratégique de cette coopération Euro-BRICS, on peut lire utilement l’excellent travail de Iulia Monica Oehler-Sincaï publié en Mai 2011 dans le Journal roumain des affaires européennes.

[23] En effet, il ne faut oublier que plusieurs des pays BRICS ont des intérêts stratégiques qui peuvent devenir conflictuels selon le contexte mondial, plus ou moins confrontationnel : Russie et Chine ont un enjeu géopolitique majeur autour de la Sibérie et de ses richesses ; Inde et Chine connaissent des tensions frontalières chroniques ;  Brésil et Russie, pays producteurs d’une part, et Chine et Inde pays consommateurs d’autre part peuvent avoir des objectifs très différents en terme de prix des matières premières, … Le concept BRICS a ainsi un besoin fondamental d’un contexte global coopératif pour pouvoir se développer. Un autre élément qui milite en faveur d’une forte coopération Euro-BRICS, l’Europe étant traditionnellement un acteur qui promeut la coopération internationale.

[24] A ce propos, la récente crise de santé alimentaire en Allemagne a fourni un exemple étonnant de la rapidité du développement de la coopération germano-chinoise : c’est grâce à la coopération avec un laboratoire chinois que le séquençage de la bactérie incriminée a été possible. Il y a peu, le partenaire des chercheurs allemands aurait nécessairement été américain. Source : China Daily, 03/06/2011

[25] La coopération Euro-BRICS pourrait aider l’Europe a enfin comprendre qu’elle ne pourra plus longtemps éviter de n’avoir qu’un seul siège commun au Conseil de Sécurité. C’est aussi cela « le monde d’après la crise ».

[26] C’est le problème bien connu de l’impossibilité de mettre en place une réforme sérieuse du système monétaire et financier mondial tant que les Etats-Unis et le Royaume-Uni bloquent toute tentative de revoir les hypothèses sur lesquelles est fondé l’actuel système qui date d’une époque pourtant en train de se clore.

[27] La thématique sociale est typique de cette catégorie puisque les Etats-Unis s’opposent systématiquement à considérer la question sociale comme autre chose qu’une retombée secondaire des logiques économico-financières. Or, en la matière, les BRICS ont indéniablement des convergences croissantes avec le modèle européen qui tente de traiter la question sociale comme l’autre face de la question économique.

[28] C’est presque toujours le refus par certains acteurs de reconnaître l’existence d’un problème qui entraîne les négociations dans l’impasse ; pas la difficulté de le résoudre une fois qu’il est identifié.

[30] Voir par exemple l’entretien « L’Afrique peut apporter plus que des minéraux au commerce Sud-Sud », IPS, 13/07/2011.

[31] Le graphique ci-dessous sur les exportations allemandes illustre l’intérêt de l’Euroland à garder de bonnes relations avec la Chine et les BRICS en général, même si le contexte général change. Voir note de synthèse LEAP/E2020 à ce sujet. Source : Europe2020, 28/06/2011