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La vague de la crise terminale des Bons du Trésor US, du Dollar et de la Livre, et du retour de l’inflation

Juin 2009 (GEAB N°36)

Le premier Sommet des BRIC à Ekaterinebourg destiné à savoir quoi faire de ses réserves en Dollars US et en T-Bonds[1], la baisse des réserves chinoises en Bons du Trésor US[2], l’appel de l’Organisation de Coopération de Shanghai[3] pour la création d’une nouvelle devise internationale de réserve[4], l’impuissance de la Fed à empêcher la baisse du prix des Bons du Trésor US[5] et la hausse connexe des taux d’intérêts, les inquiétudes dorénavant systématiques à la veille des ventes de Bons du trésor partout sur la planète (et en particulier pour les pays à risque dont les Etats-Unis et le Royaume-Uni font désormais partie), les variations de plus en plus brutales des cours des devises sur fond de dépréciation régulière du Dollar US, la crainte des Européens d’un euro bondissant à des niveaux incompatibles avec leurs exportations, la crise généralisée au Royaume-Uni touchant la politique, la finance, l’économie, la monnaie,… tous ces éléments sont autant de nuages noirs qui s’accumulent à l’horizon de l’été 2009. Et, pour LEAP/E2020, ils constituent la troisième vague (la troisième composante des « soeurs » si dangereuses pour les navires) qui va entraîner à la fin de l’été le double phénomène de cessation de paiement des Etats-Unis et de recours au FMI du Royaume-Uni ; et, d’ici la fin de l’année, le début de la phase de dislocation géopolitique mondiale.

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Evolution des montants d’émission d’emprunts publics pour les Etats-Unis, l’Eurozone et le Royaume-Uni (2005-2010 prévision) – Le Royaume-Uni émettra en 2009 une dette quatre fois supérieure à celle de 2005 – Les prévisions 2009/2010 sont estimées en fonction des chiffres officiels qui ont tous sous-estimer l’ampleur et la durée de la crise et des baisses de recettes fiscales (note de LEAP/E2020) – Source : CitiGroup, 06/2005

 

En effet, ce premier sommet des BRIC, dont il n’est pas difficile d’imaginer combien il a dû être difficile à organiser, constitue un premier signe de dislocation du système international actuel. Non seulement les Etats-Unis ont dû tout faire pour empêcher sa tenue, mais ils se sont en plus vus refuser la présence en tant qu’observateur, un signe clair que ce qui s’y est dit n’était pas destiné à être diplomatique. Et le sujet central n’était certainement pas un problème militaro-stratégique, mais bien une question monétaro-financière : que faire des centaines de milliards de Dollars US (sous forme de Bons du Trésor notamment) accumulés par ces quatre pays au cours des années récentes ?

 

Chinois et Russes ont pu déjà constater que leurs Dollars ne sont pas forcément les bienvenus aux Etats-Unis, en Europe ou en Australie s’ils cherchent à investir dans des actifs « stratégiques »[6]. Avec les Brésiliens et les Indiens, ils ont donc multiplié les accords de swaps dans leurs devises (et ce sommet va accroître cette tendance) et ils tentent d’acheter en Dollars tout ce qu’ils peuvent tant que certains pays acceptent de vendre leurs richesses en échange de cette devise. Mais ils savent tous très bien, d’une part, qu’ils ont beaucoup trop de Dollars pour pouvoir les dépenser utilement puisque l’économie américaine se contracte et que la Fed a entrepris de créer des centaines de milliards de nouveaux Dollars; et, d’autre part, que la méfiance s’installe vis-à-vis de cette devise et de ses actifs liés. C’est pour cette raison qu’ils ont décidé de commencer à s’acheter mutuellement des bons du trésor pour sortir de leur dépendance des Bons du Trésor US[7]. Il ne s’agit pas à ce stade de vendre des Bons du Trésor US ; mais c’est un coup direct porté aux ventes futures de T-Bonds.

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Déficits budgétaires en % du PNB (2009) – Source : Casey Research, 06/2009

 

 

Pour LEAP/E2020, ce sommet Ekaterinebourg est probablement le dernier effort avant rupture[8]. Si les demandes qui en sont issues concernant la réorganisation plus rapide et plus profonde des droits de vote au sein du FMI et des autres grandes organisations internationales ne sont pas acceptées et mises en œuvre rapidement par les Etats-Unis, les Japonais et les Européens, alors le prochain sommet des BRIC sera un sommet de rupture, mettant en place des stratégies indépendantes, voire contraires à celles du trio USA/Japon/UE.

Avec un volume d’émission de Bons du Trésor US qui est désormais passé à plus de 100 Milliards par mois (contre des pics à seulement 10 milliards par mois auparavant), le rythme de la rupture s’impose naturellement. Comme anticipé par LEAP/E2020 dans des GEAB précédents, c’est à la fin de l’été 2009 que la conjonction des besoins incontrôlés de financements des Etats-Unis et du Royaume-Uni (accrus par ceux des autres pays[9]) et de la méfiance croissante des acheteurs potentiels va atteindre son moment de vérité : le besoin de financements va passer de 1.600 Milliards en 2008 à 2.600 Milliards en 2009[10]. Et ce moment de vérité ne peut prendre qu’une seule forme générale : le refus des acheteurs de continuer à accumuler les Bons du Trésor US et les Gilts britanniques. Et en ce sens, la décision des BRIC de s’acheter leurs bons du trésor mutuels est un premier signe que cette « grève des acheteurs de Bons du Trésor US » en train de s’étoffer[11].

 

A partir de là, soit la Fed et la Banque d’Angleterre augmentent considérablement leurs achats des bons émis par leurs propres gouvernements, et les deux monnaies plongent du fait de l’emballement de la planche à Dollars et à Livres, provoquant une hausse très forte de l’Euro, du Yuan, du Real, … et d’un tas d’autres devises. En fait, le Dollar et ses devises affiliées s’effondrent avec la Livre face aux autres monnaies mondiales. La dévaluation à laquelle rêve nombre de dirigeants américains, pour éponger d’un coup de « baguette magique » la dette publique US et relancer les exportations, est ainsi réalisée. Et ils peuvent jouer les victimes des méchants chinois, russes, etc… facilitant au passage l’adoption de mesures protectionnistes pour essayer de relancer l’industrie US et l’emploi américain. Bien entendu, dans ce processus, les Américains verront leur pouvoir d’achat brutalement amputé de 50%, mais il n’est pas certain que grand-monde s’en soucie vraiment à New York et Washington[12].

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Evolution des déficits/excédents budgétaires du mois d’Avril aux Etats-Unis (1981-2009) – Avril 2009 est le premier mois d’Avril déficitaire en 26 ans (sachant qu’Avril est traditionnellement le mois d’excédent le plus important) – Sources: US Treasury Department, Casey Research, 06/2009

 

Soit Barack Obama, Timothy Geithner et Ben Bernanke doivent annoncer à la télévision que le Dollar US est dévalué de 30 à 50% par rapport aux grandes devises mondiales pour faire face à l’incapacité du gouvernement américain à rembourser les détenteurs de Bons du Trésor[13] (n’oublions pas que les détenteurs de Bons du Trésor US, Chinois en-tête, ont entrepris de vendre leurs bons à moyen et long termes pour les transformer en bons à trois mois). C’est l’option « nouveau Dollar » déjà évoquée par LEAP/E2020 dans de précédents numéros du GEAB.

 

Les BRIC ont des natures et des intérêts très divers. Mais ce qui les rassemble est en revanche très puissant : c’est la volonté d’accroître leur place dans le système de gouvernance mondiale et le sentiment qu’ils n’y parviendront qu’ensemble. Ils ont compris que désormais l’Occident en général, et les Etats-Unis en particulier ont un besoin vital des capitaux qu’ils possèdent pour survivre, une compréhension qui ne peut qu’alimenter une réflexion stratégique où les pertes à court terme sont les gains à moyen terme.

 

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Les marchés émergents sont devenus les exportateurs de capitaux – Comptes courants en % du PNB – Source : FMI, 05/2009

 

 

En ce sens, pour l’Union européenne, censée être plus ouverte à un monde en évolution, c’est un échec majeur que de ne pas avoir su intégrer les préoccupations de ces quatre puissances dans sa propre stratégie. Et pour les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Japon, c’est un échec majeur que de ne pas avoir pu empêcher l’émergence de ce pôle géopolitique : nouvel indice de l’affaiblissement rapide de leur influence sur le système mondial[14].

 

Pour notre équipe, l’une des conséquences géopolitiques majeures de cette évolution est l’autonomie croissante de certains acteurs régionaux qui vont y trouver une marge de manœuvre nouvelle qui avait disparu depuis la « Guerre froide ». L’instabilité des régions explosives de la planète va donc croître dans les mois à venir car chaque mois apporte un signe plus clair de l’effacement de la toute-puissance américaine de ces vingt dernières années. Nul doute que cela aura notamment une influence à la hausse sur les prix de l’énergie.

 

D’ailleurs, sur fond de cessation de paiement US et britannique et de forte baisse du Dollar, il est certain que les prix des matières premières libellés en Dollar US et en Livre sterling vont s’accroître, même si, rapportés aux autres devises, leurs cours peuvent stagner voire baisser du fait de la poursuite de la récession. C’est donc un marché qui va devenir de plus en plus difficiles à anticiper, ce que ne va pas aider les entreprises déjà en plein marasme.

Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, avec une devise en chute libre et une création monétaire surdimensionnée[15] par rapport à une économie qui se contracte, la situation ne peut que déboucher sur une très forte inflation (voire une hyperinflation momentanée)[16]. Heureusement, du fait de la nature peu stratégique de leurs exportations (à la différence de l’énergie ou des matières premières), cette inflation sera peu exportable et largement compensée, pour les autres pays, par l’effet déflationniste des appréciations des autres devises.

 

 


[1] Source : China Daily, 16/06/2008

[2] Source : China Daily, 16/06/2009

[3] Une institution désormais mûre. Source : Asia Times, 13/06/2009

[4] Source : RiaNovosty, 16/06/2009

[5] Leurs détenteurs, notamment des bons à long terme, ont perdu entre 20% et 30% en un an. Source : Seeking Alpha, 18/06/2009

[6] Source : Reuters, 10/06/2009

[7] Source : Bloomberg, 16/06/2009

[8] Les demandes chinoises se font de plus en plus pressantes concernant une garantie américaine sur leurs avoirs libellés en Dollars. Sans réponse positive (et il semble impossible qu’il y en ait une), la confrontation est inévitable. Source : China Daily, 15/06/2009

[9] La France, bien que très loin derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni, va aussi contribuer à cet excès d’emprunts publics en 2009 et les années suivantes. Source : Le Monde, 18/05/2009

[10] Source : Financial Times, 18/05/2009

[11] Source : Bloomberg, 15/06/2009

[12] De manière significative, un nombre croissant d’Américains s’inquiète des perspectives internes du pays ; et des livres comme « Getting out : your guide to leaving America » (« Sortir : votre guide pour quitter l’Amérique ») connaissent un succès croissant. Source : Amazon.

[13] Actuellement ils font le tour du monde pour quémander l’achat de leurs bons du trésor. Source : Europac, 05/06/2009

[14] Source : Telegraph, 02/06/2009

[15] Une réflexion intéressante sur la masse monétaire : AgoraVox, 27/01/2009

[16] Les achats d’or se multiplient pour se protéger de cette inflation à venir. Source : Telegraph, 12/06/2009