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Comment le sixième sommet BRICS a-t-il été apprécié en Russie ?

Le Professeur Georgy Toloraya est Directeur Exécutif du Comité National pour l’Etude des BRICS en Russie et membre associé de la Fondation Russkiy Mir  

Georgy-toloraya

Au cours de la préparation du Sommet brésilien, le sixième Sommet des pays BRICS, cet événement semblait s’avérer relativement ordinaire, même si en fait il initiait la deuxième série des Sommets BRICS. Ce sommet avait été organisé autour d’un sujet non-conflictuel, celui de la croissance inclusive, un sujet à travers lequel les organisateurs avaient tenu à souligner que le développement de l’association se faisait dans l’intérêt de tous les états membres et de toute l’humanité. Un thème qui n’a rien d’exceptionnel en soi, d’autant plus que l’ordre du jour du sommet brésilien avait été fortement influencé par les priorités politiques internes du pays hôte et, surtout, par la crise sociale qu’il traversait.

Toutefois, l’aggravation soudaine et inattendue des relations de la Russie état membre des BRICS avec l’Occident au printemps 2014 a donné au sommet un éclairage géopolitique particulier important. Les experts russes qui avaient organisé, à l’initiative du comité national russe pour la recherche BRICS, une série de conférences en Juillet de cette année autour du sommet, ont en particulier souligné l’importance de la réponse des dirigeants des pays en développement à la Russie en  exprimant leur solidarité avec elle sur ​​la crise ukrainienne. Cela démontre que les insinuations des États-Unis au sujet de « l’isolement international de la Russie » ne reposent sur aucun fondement solide.

Conséquemment le rôle des BRICS est maintenant en progression constante en tant que plate-forme de débats sur des questions et conflits politiques majeurs dans la haute sphère de prise de décision internationale. Ceci est illustré par le fait que, au Brésil, à huis-clos, toutes les questions clés de la gouvernance mondiale, des conflits régionaux, et de la situation macro-économique mondiale avaient été soigneusement étudiées, le résultat de ces discussions a reflété la positions des états. Des questions importantes ont été examinées en ce qui concerne les situations en Syrie et en Irak, la situation alarmante en ce qui concerne l’émergence de l’Etat islamique (IG) qui remet en cause les fondements mêmes d’un Etat civilisé, ainsi que les conflits régionaux en Afrique et ailleurs.

Quelles conclusions peut-on tirer des résultats du sommet au Brésil? D’une part, tous les pays BRICS sans exception désapprouvent très fortement la volonté de l’Occident de contourner l’ONU et le Conseil de sécurité des Nations unies. Au cours de ce sommet les chefs d’état ont décidé de renforcer la coordination au sein des Nations Unies afin de préserver sa puissance et son importance au sein des autres organisations. À cet égard, les experts russes se sont dit préoccupés par le fait que l’alternative serait que l’OTAN devienne responsable du maintien de l’ordre mondial.

Cependant, la composante politique n’a pas éclipsé la question de la coopération économique au sein des BRICS ou celle de la gestion des processus économiques mondiaux. Il a notamment été souligné que la patience des pays BRICS s’épuisait: ils ne constatent aucun progrès de la réforme de la gouvernance du système global, et les dirigeants des BRICS constatent même une certaine stagnation de la réforme du FMI. A ce jour et depuis octobre 2012, tous les partenaires du FMI auraient dû avoir ratifié un ensemble de textes adoptés en décembre 2010, ce qu’ils n’ont pas fait parce que le Congrès américain y est opposé. La déclaration adoptée par le Sommet BRICS fixe maintenant une date limite de ratification, en décembre 2014. Le commerce mondial est de plus en plus régi par les règles universelles de l’OMC, mais dans les zones de libre-échange ces règles sont généralement non-transparentes et exclusives (comme que le partenariat transatlantique ou trans-pacifique). Tout de même les décisions les plus formidables sont celles établissant une nouvelle banque de développement et le fonds monétaire de réserves de change. Les intentions en étaient certes connues mais cela n’avait jamais été pris au sérieux, sauf peut-être davantage par les critiques occidentaux.

Par conséquent, cette décision a été perçue comme un progrès qualitatif des BRICS, qui va grandement changer l’architecture économique mondiale. Le Sommet du Brésil, selon les experts russes, s’inscrira dans l’histoire en termes d’économie et d’alliance mondiales, principalement en raison de la décision de créer la Banque de développement des BRICS et un fonds monétaire de réserves de change. Les ressources totales disponibles pour ces deux structures atteindront 200 milliards de dollars. La banque vise à atteindre deux objectifs principaux: l’octroi de prêts à long terme et le financement de projets de développement durable. Le fonds monétaire est le système de garantie mutuelle des BRICS.

6th BRICS Summit

La banque et le fonds monétaire sont parmi les dix plus grandes banques de développement et des réseaux de sécurité financière à travers le monde. Les experts russes ont souligné le caractère démocratique des opérations: la Banque prend ses décisions par consensus, ce qui la distingue des autres banques internationales dominées par l’Occident, alors que l’équipe de gouvernance sera formée sur une base de parité. La banque est ouverte à la participation d’autres actionnaires, y compris les institutions financières internationales. Deux tiers des investissements seront mis en œuvre sur les territoires des BRICS. Les experts russes attachent une énorme importance au fait que les institutions financières BRICS seront les premiers centres de la stratégie de coordination et d’analyse BRICS, et ils mettent en évidence l’importance des analyses et prévisions dans le cadre de ces institutions comme une première étape vers l’institutionnalisation solide des BRICS. En outre, les experts ne considèrent pas comme justifiées les critiques portées contre le fonds monétaire qui mettrait, selon certains, en péril notamment le système de Bretton Woods. En effet, il existe d’autres systèmes similaires, comme le système monétaire européen ou encore l’Initiative de Chiangmey en Asie du Sud-Est, etc… Mais, effectivement, la création de la banque est un signal clair quant à la nécessité actuelle de réformer l’architecture financière et monétaire dans l’intérêt de tous les pays dans le monde.

Pour la Russie, il est important que des négociations aient été lancées sur le projet de la stratégie de développement économique des BRICS, un projet initié en premier lieu par la Russie. L’objectif du projet est d’élaborer des recommandations pour les investissements, le commerce et la stratégie de coopération économique et juridique au sein des BRICS. La Russie a déjà proposé 37 projets pour la « feuille de route » de cette future coopération. Par exemple, cela pourrait se traduire par la mise en place d’une banque de réserve de carburant, ou celle d’une sorte de « swap de l’énergie », plaçant les stations de GLONASS dans les pays BRICS pour l’utilisation de ce système de navigation, la mise en place d’un centre de formation intégré dans le domaine de la métallurgie, qui joue un rôle important dans les économies des pays BRICS. Un autre projet lancé également à l’initiative de la Russie a trait à la lutte contre la drogue, la décision de lancer des projets de coopération de sécurité de l’information culturelle et internationale.

Les résultats du Sommet confirment que malgré toutes les différences entre les pays participants, ils partagent quatre intérêts stratégiques:

– Établir les BRICS comme une alliance des réformateurs politiques et économiques mondiaux;

– Assurer le maintien du rôle de l’ONU en tant que garant de la sécurité internationale;

– Permettre d’utiliser au maximum les possibilités de complémentarité des économies des pays membres;

– Promouvoir la coopération en vue de moderniser la société.

Les scientifiques russes ont constaté avec satisfaction que quatre points de la déclaration finale du sommet font référence au Conseil des Centres d’Expertise, créé l’an dernier par les représentants universitaires des cinq pays. En outre, des actions spécifiques ont été mises en place, et afin de les réaliser, la Russie devra consacrer beaucoup d’énergie l’an prochain, quand elle prendra la présidence de l’organisation.

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